AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 551 (Ibid, 15) ou encore, insulte son fils en le qualifiant de mulet : « Braal ? Lâche mon père en signe de déception » (Ibid, 62). La mise en contexte permet la compréhension de l’unité hétérogène sans obscurcir la lisibilité du texte. Nous pourrions remarquer que les romans du corpus étudiés présentent une légère créolisation , autrement dit, un français « visité, possédé par la langue créole » (Moura 1999, 78) telle qu’elle est pratiquée par les écrivains africains postcoloniaux. Cette créolisation est manifeste au niveau lexical et légèrement au niveau syntaxique, par la prédominance de l’emploi du verbe ou complément du verbe avant le sujet. Le narrateur Yaz en fait un usage remarquable dans son récit : « agité j’étais par le souvenir du rêve de mon sommeil » (Boomkoeur 1999, 25), ou encore « une nappe cirée vernie de fleurs, une cassette vidéo de son choix, un western il sélectionna » (Ibid, 15). Ces constructions phrastiques relèvent plus d’un emploi argotique du français familier que d’un mélange linguistique des deux langues. Françoise Cadet (2003) a analysé, par contre, l’emploi du verbe avant le sujet dans des phrases qui commencent par « obligé », « Oubligi je me lève » (Béni 1989, 28).C’est une construction grammaticale fréquente dans la langue arabe dialectale. Cependant, il est indispensable de rappeler que les écrivains africains s’efforcent d’assujettir la langue française à travers « leurs lexiques si évocateurs [qui] permettent le miroitement d’un sens autochtone moderne, insoupçonné de la littérature française, de significations seulement capables de parvenir à l’expression par une négociation serrée avec la langue naguère impériale mais toujours dominante ». (Moura 1999, 90) En effet, ce procédé stylistique est, en revanche, récurrent dans les écritures subversives de maints écrivains connus tels qu’Amadou Kourouma, Raphaël Confiant et bien d’autres. Pour l’écrivain issu des anciennes colonies, « écrire en français, c’était voler au maître le pouvoir qu’il exerçait par la langue » (Moura 1999, 107). Après la décolonisation, cette littérature a tenté de revaloriser les dialectes régionaux, tout en restant fidèle à toutes les nuances suggestives du patrimoine culturel local. Or, les romanciers issus de l’immigration proposent une autre représentation de la langue d’écriture, en mettant en exergue des formes diverses d’adaptation lexicale et syntaxique de l’arabe sur le français. Ils ne tentent pas, nous semble-t-il, de réhabiliter l’arabe comme langue maternelle au détriment du français. Celui-ci est une langue adoptée mais elle n’est pas considérée par ces jeunes locuteurs comme une langue impériale . Il ne s’agit point d’un rapport de domination coloniale car le français n’est pas une langue imposée mais elle est assimilée dès le bas âge. C’est à travers cette langue que le sujet issu de l’immigration, tout petit, découvre son entourage immédiat qui est celui de la société française.
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