AGAPES FRANCOPHONES 2012

58 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 baisers ! Ce sont eux, il me semble, qui maintenant, habillent mon âme. (Acte 3, sc. II, 98) Toujours pour le plaisir de jouer sur un même refrain, et pour se rapprocher de son ‘double ressuscité,’ Geneviève fait allusion à ses cheveux : Notre amour !... Parlons de nous... Te rappelles-tu mes cheveux ? Tu les aimais tant ! Tu les dénouais, tu les maniais, tu les déroulais en méandres. Tu y plongeais la tête comme dans une eau tiède pleine de soleil (acte 3, sc. II, 99) Par des sons, des images et des couleurs d’ascendance baudelairienne, les objets – en ce cas les cheveux – continuent à ‘parler’. Une fois encore la métaphore filée va conduire l’action à son dénouement. Anticipant ce qui va arriver, Geneviève se fait ‘voyante’, en dépassant la « couche de silence qu’il faut traverser pour accéder au sens » (Rykner, 1996, 302) Quel merveilleux contrepoint au quatrième acte ! Les trois dernières scènes surtout, mériteraient d’être retranscrites en entier. Dans une tension qui monte de manière vertigineuse et paroxystique, l’action est dédoublée. Comme dans les Comices Agricoles de Madame Bovary , deux actions se déroulent en même temps: à l’extérieur la joie, la procession bruyante mais sacrée du Saint-Sang 28 , à l’intérieur le drame, les pleurs, le silence, la tragédie... Tout se joue jusqu’à l’arrivée du cortège près de la maison de Hugues. Celui-ci ne veut pas que Jane s’approche des fenêtres pour mieux voir car il craint le jugement des gens de la ville (il a trahi sa femme et sa relation avec une danseuse n’est pas très catholique) : Tu sais comment ils sont. Te voir chez moi, et pour la procession !... Un scandale... ils seraient capables de nous huer. (Acte 4, sc. X, 155) Jane se fâche et la ‘brouille’ entre les deux amants va commencer, bien que, dans un premier temps, Hugues se montre ‘câlin’ et conciliant : H UGUES : (allant vers elle) Voyons, ne boude pas, ne te fâche pas. Cela ne vaut pas la peine. Reviens... (il veut l’entraîner) J ANE : Laisse-moi ! H UGUES : Tu es vraiment d’une susceptibilité. J ANE : Tu m’embêtes ! H UGUES ; Nous allons encore nous faire du mal. J ANE : C’est toi !... Tu es stupide avec ta peur des gens !... Je m’en moque, des gens !... 28 « Jane : Qu’est ce que c’est que cette fameuse procession du Saint-Sang ?; Hugues : Elle ne sort qu’une fois l’an, depuis les croisades, en souvenir du sang du Christ rapporté de Terre Sainte par Thierry d’Alsace... C’est très beau. » (Acte 4, sc. X, 153-154).

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