AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 59 H UGUES : Allons ! Une nouvelle scène ! Et pour rien ! Pour rien ! [...] Combien déjà de scènes pareilles !... Et pour des motifs puérils... Ah ! Je suis bien malheureux ! J ANE : Tant mieux !... Je suis contente. Je voudrais te voir pleurer... pour que tu fusses tout à fait ridicule... H UGUES : Oh ! Jane ! Jane ! J ANE : C’est ta faute. H UGUES : (s’approchant, radouci) Voyons, faisons la paix... C’est encore une heure noire... N’y pensons plus... Reviens voir la procession... Nous regarderons ensemble... Nous oublierons... J ANE : Non, laisse-moi ; va-t’en. (Acte 4, sc. X, 157-159). Agaçante et hargneuse à la fois, l’attitude de Jane, irritant de plus en plus son partenaire, l’exaspère complètement lorsqu’ elle va toucher au coffret de cristal et à la relique. Le passage du tutoiement au vouvoiement, tout en respectant les règles de politesse devant la présence d’un objet considéré comme sacré, marque, à notre avis, au niveau morphologique, la présence textuelle du troisième personnage (Geneviève) qui agit par la médiation de Hugues 29 : H UGUES : Laissez cela. [...] J ANE : Non ! H UGUES : Je ne veux pas que vous touchiez à mes reliques... J ANE : (se dirigeant vers le coffret de cristal où repose la chevelure) Tiens ! Qu’est-ce que c’est ? (elle a ouvert le coffret et en retire la longue natte blonde qu’elle déroule. H UGUES : (livide, se précipite) Oh ! cela, c’est sacré ! N’y touchez pas... J ANE : (ricanante, provocante […], agite la chevelure devant elle) Je compare… mes cheveux sont plus roux… (elle pose les cheveux de la morte en chignon sur les siens) . H UGUES : (exaspéré, affolé, cherche à lui reprendre la chevelure qu’elle continue à manier par bravade ; il court à sa poursuite). Rendez-moi ! C’est un sacrilège... J ANE : Les miens sont bien plus fins... H UGUES : Prenez-garde ! C’est la chose d’une morte... la morte se vengera... J ANE : (narguant) Fais-m’en cadeau, de cette chevelure. H UGUES : (à mots coupés, haletants) Inviolable... la morte l’a dit... (il atteint Jane et met la main à la chevelure qu’elle a enroulée autour de son cou, par dernier jeu, pour ne pas la rendre. Il reprend d’un ton décisif) Voulez-vous ? J ANE : (riant, essoufflée) Non ! H UGUES : Prenez garde !... Chevelure... vindicative... elle-même instrument de mort... Rendez-la-moi. Vous voyez bien que vous allez tout expier ! J ANE : (renversée à terre, se débattant) Non ! (d’une voix rauque) Mais tu me fais mal !... tu es fou ! 29 Comme on va le voir, ce n’est que lui qui change le mode de l’interlocution.
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