AGAPES FRANCOPHONES 2012
74 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 parler plusieurs langues, attiré par la France, berceau de civilisation aux yeux des contemporains et aspiration permanente des Roumains, Istrati s’élance dans une véritable aventure (décrite dans Mes départs ) pour atteindre le territoire français. La conviction des amis est ferme ; un d’eux, Aloman, voit juste: « Tu dois connaître l’Occident! Tu dois apprendre une grande langue occidentale » (Istrati 1984, 592). Les œuvres qui nous intéressent sont en même temps des gardiens de mémoire, inéluctablement liées à un retour en arrière. Plusieurs types entrent en jeu: la mémoire intratextuelle, sorte de mémoire textuelle basée sur la cohérence de structure, la mémoire intertextuelle et la mémoire du vécu de l’écrivain. L’étude que nous proposons utilise les instruments de l’analyse du discours et distingue les inscriptions textuelles et discursives de l’énonciation littéraire produite dans une zone marginalisée ou minorée, celle de la littérature française venant du dehors. Le côté textuel privilégiera les spécificités de l’écriture. Nous allons voir si les écrivains de ce type manifestent la « volonté d’échapper à l’appartenance générique codifiée préalablement » comme l’affirme Dominique Maingueneau (2004, 135). On est d’accord que les œuvres « s’élaborent dans l’ombre des légendes de l’archive littéraire » ( Idem , 113), l’écrivain étant entraîné dans un processus permanent pour « gérer la mémoire interne de ses textes et de ses activités passées et les réorienter en fonction d’un avenir » ( Ibidem .) Revenir sur son parcours de vie pour évoquer des activités passées est une spécificité thématique des textes autobiographiques, ceux qui exploitent la mémoire du vécu, (mais la mémoire psychologique n’intéresse pas dans une analyse discursive, elle intéresse une analyse du contenu thématique). Nous observons la formation discursive que représentent les textes traitant l’entre deux langues, sachant que nous avons à faire avec un discours que des auteurs bilingues adressent à des destinataires qui ne le sont pas. D’ailleurs, toute « formation discursive se voit associer une mémoire discursive constituée des formulations qui en répètent, en refuse, en transforment d’autres » (Maingueneau 1991 : 161). Ces trois verbes constituent les pilons de notre grille d’analyse et permettent la prise en compte de deux niveaux : inter et intra-discursif. Le niveau interdiscursif Qu’est-ce qu’on répète? Pour ce qui est des répétitions, la citation est privilégiée pour sa propriété de renforcer l’authenticité. Maingueneau souligne « l’illusoire sécurité que provoque la vérification de l’“exactitude” des citations » (1991, 134). Un bref regard permet de distinguer : a) fragments de journaux ou de revues insérés dans le texte b) proverbes et dictons, c) fragments de discours célèbres, fragments d’autres œuvres, personnelles ou non.
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