AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 75 La répétition concerne également les formules introductives des chapitres, des paragraphes ou toute sorte de petites histoires. A) Insérer des morceaux d’ « actualité », tels les articles des journaux, les titres, les fragments d’un discours politique, etc. signifie chercher l’air du réel pour des effets stylistiques. Sorte de citations-preuves, le fragment qui se donne pour un extrait du « Journal du Parti communiste roumain », Scînteia (L’étincelle), de 21 août 1970, exploite deux territoires : celui du réel et celui du récit de vie qu’est le roman. Victor Luca, le personnage principal, devenu criminel suite au comportement agressif de son père et par la force du destin, est recherché plusieurs jours, sans résultat, par les militaires et les gendarmes. Il se cache dans les eaux de la Fosse aux Lions. Or, Victor resta caché là plusieurs jours, car il s’y savait en sécurité. […] Après deux jours de calme plat, comme à son habitude, il alla chercher les deux gros pains cachés dans la cavité de l’arbre, mais cette fois-ci, il découvrit une coupure de presse à la place des miches. Victor lut l’article avec stupéfaction : L’assassin présumé d’une jeune Moldave serait mort en cavale Activement recherché par la police pour l’assassinat d’Anita Vulpescu, seize ans, Victor Luca, dix ‐ sept ans, du village de Slobozia, a été pris en chasse hier par les gendarmes au sud du pays, tout près des Portes de Fer. Le fugitif a été formellement identifié par les gardes ‐ frontières comme correspondant au signalement du criminel moldave en fuite depuis plusieurs jours. L’homme s’est accidentellement noyé dans le Danube, alors qu’il tentait de gagner à la nage la Yougoslavie. Les militaires ont fait feu sur le fugitif sans l’atteindre. De l’avis du commandant de garnison, l’homme, ne pouvant lutter contre la force du courant, a coulé à pic. Malgré les recherches, le corps de Victor Luca n’est pas remonté à la surface. Il a probablement disparu dans les méandres du fleuve. (Lazar 2009, 48-49) Une telle insertion feint le réel et permet une lecture simple, qui se borne à sa forme détachée du texte par des espaces et par le changement des caractères typographiques, ou une lecture plus complexe, basée sur des allusions. L’acte de fiction se place à la frontière. Le journal évoqué a bel et bien été le principal quotidien du Parti Communiste alors au pouvoir en Roumanie et l’histoire des jeunes qui essayaient de franchir la frontière vers la Yougoslavie voisine, à l’endroit nommé Portes de Fer, était une réalité des années 1970. Les sous-entendus du texte (soient-ils fictifs ou non) s’insèrent dans la même réalité : toute personne voulant quitter le pays et son système ne pouvait être que « criminel », « assassin », « fugitif », personne à condamner et à éviter, dont le destin ne préoccupait pas beaucoup, puisque elle se plaçait en dehors de la société, des normes « saines », communistes. Invariablement, elle devait disparaître quelque

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