AGAPES FRANCOPHONES 2012
76 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 part et cette disparition elle aussi était traitée comme peu importante. Une notice de journal l’annonçait comme un fait divers. B) La structure énonciative du proverbe l’impose comme un « énoncé limite, le ‘locuteur’ autorise qui le valide au lieu de n’être reconnu que par telle ou telle collectivité, tend à coïncider avec l’ensemble des sujets parlants de la langue, y compris l’individu qui le profère » (Maingueneau 1987, 73). L’œuvre d’Istrati donne souvent des indications sur la source de l’énonciation. S’il s’agit des Roumains, on cite avec fierté « L’Homme est fait pour les tourments, dit le paysan de l’Embouchure » (Istrati 1997a, 134), «– Oh ! Ça… c’est une autre vie, dans une autre besace , comme dit le Roumain » ( idem , 366). Mais cet homme était élu par son Destin pour connaitre toute l’horreur que renferme la parole roumaine qui dit : Le bon Dieu ne jette pas sur les épaules d’un homme autant qu’il peut porter ! Et que de malheurs un homme fort ne peut-il pas porter sur ses épaules ! (Istrati 1992, 44) Rarement on se tait sur l’énonciateur, comme dans « Il est certain que l’avenir me donnera raison, en dépit du proverbe qui dit : “Pierre qui roule n’amasse pas mousse”» (Istrati 1984, 425), ou « Quoi que nous fussions, selon le mot : “besace sur le dos” » (Istrati, 1997b, 23) En toute situation le proverbe fonctionne comme un exemple, un modèle pour telle ou telle situation. L’énonciateur semble parfois être submergé par le contexte, incapable de trouver par lui-même un enchaînement correct des phrases et alors il délègue à un autre la tâche d’être explicite. Le proverbe comme représentation de l’expérience du groupe montre sa vérité dans tous les cas : « - Mais, dit-il, vous allez voir que le proverbe a raison de dire que lorsqu’on se fourre dans l’auge d’une porcherie, on est dévoré par les cochons » (Istrati 1997b, 162). C) Parmi les fragments d’œuvres, celles reconnues comme exemples pour une situation ou un domaine sont fréquemment évoquées : Cette remontée d’aigreur m’empêche de lire. Ce n’est pas bien ce que je fais. Le renard qui n’arrive pas aux raisins trop hauts pour son museau fait la grimace ; au fond, se dit-il, malade d’envie, il n’en veut pas de ces raisins, ils sont trop petits, pas mûrs, acides, et avant de s’en aller, il dépose ses crottes autour du pied de vigne. Non, ce n’est pas bien de faire comme le renard. (Orlea 2007, 10) La ressemblance des situations, qui soutient le recourt à la citation d’un auteur, est explicite et renforce l’argumentation créée par la narration : Il m’embrassait en me disant mon joli comptoir, mon Pondichéry , comme dans une chanson de Guy Béart […] Je souffrais d’anémie. En réalité, mon sang réagissait comme une chambre d’écho où s’engouffraient des phrases gonflées de ressentiments et surtout d’une adoration de soi sans limite. Je
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