AGAPES FRANCOPHONES 2012

80 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 Il a beau dire : si je n’avais pas eu l’argent, j’aurais écrit un roman. Tu parles !...Dans quelle langue, s’il vous plaît ? Toujours en traduction ? Et pour qui ? Pour quel public ? Et qui aurait édité son roman ? P.O.L. ? La littérature, c’est fini, mon cher, personne ne lit plus rien ou alors seulement des romans de plage. Ou de gare, dans le train… Les gens ont d’autres soucis, ils n’ont pas le temps. (Tsepeneag 1985 ,101) Mais le « roman de gare » de Tsepeneag (le genre devient titre) est une œuvre sur le faire, comme Cuvântul Nisiparni ţă , Le Mot Sablier. La trame textuelle de ces deux œuvres réunit des traits qui instaurent un type d’écriture, une écriture pliée sur elle-même, qui parle de son devenir en tant que texte : Donc la figure du livre est le sablier. Ce qui exigerait une structure en écho : c’est-à-dire retrouver tous les grains de sable (thèmes, éléments épiques, personnages, etc.) qui s’écoulent doucement du vase supérieur dans le vase inférieur. Ş tii c ă habar n-am cum se zice sablier pe române ş te : poate nisiparni ţă ?! (Tsepeneag 1994,73) Parler de ses textes, expliquer le titre ou un motif vivement utilisé se fait souvent dans les œuvres à vocation autobiographique : « Chaque fiction cache un personnage bienveillant, moitié lumière, moitié ombre. Il veille sur les mots de l’auteur. La figure tutélaire dissimulée dans la Cuisse de Kafka est Ionesco. Eugène Ionesco au bras de la Cantatrice chauve traverse cette page. » (Mailat 2003, 139) Oana Orlea organise d’une autre manière son texte : sous forme de « rencontres ». Les 47 « courts récits», comme l’annonce le sous titre, sont autant de contacts avec un monde étrange, brutal, rigide ou rigidifié par manque d’exercice de souplesse, dur et méchant. On y perd tout repère et toute dynamique logique. Le discours, par contre, par sa concision rend visible cette dureté. Le positionnement dans un champ littéraire représente pour Dominique Maingueneau (1993, 63) un investissement en rapport avec le genre. La catégorie du genre suppose l’étude des formes de la régularité, placées par Gérard Genette (2004, 75) en relation avec l’historicité : « j’admets en effet, l’existence, au moins relative, de constantes ‘anhistoriques’, ou plutôt transhistoriques, non seulement du côté des modes d’énonciation, mais aussi de quelques grandes catégories thématiques telles que l’héroïque, le sentimental, le comique, etc. ». Les régularités qui soutiennent la notion de genre sont, d’après Gérard Genette, de trois types : « thématiques, modales et formelles » ( Idem, 76). L’existence même d’une multitude de règles fait intervenir la mémoire, le texte et l’hypertextualité, autrement dit, « toute relation unissant un texte B (que j’appellerai, bien sûr, hypertexte) à un texte antérieur (que j’appellerai bien sûr hypotexte) sur lequel il se greffe d’une manière qui n’est pas celle du commentaire » (Genette, Palimpseste 1982, 7, cité par Maingueneau

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