AGAPES FRANCOPHONES 2012
82 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 Qu’est-ce qu’on transforme? Tout d’abord les schémas discursifs. D’une manière générale, les fins de paragraphes ou de chapitres annoncent les débuts d’autres grandes unités textuelles. Cette structure circulaire sert en même temps la cohérence textuelle et la stylistique, puisqu’elle devient figure du discours, comme chez Oana Orlea ( Rencontres sur le fil du rasoir ). On transforme aussi les mythes et les légendes pour qu’ils soutiennent l’argumentation narrative, comme c’est le cas de Kyra- Kyralina , de Terre des affranchis ou de La cuisse de Kafka . Nous avons remarqué les manifestations de la mémoire au niveau macrotextuel, ce qui correspond à un niveau interdiscursif et aux phénomènes déjà mentionnés. Mais l’observation peut prendre en compte le niveau micro-textuel, ce qui correspond à l’inscription de la mémoire dans le texte. Macro et micro prend en compte la quantité tout aussi bien que le phénomène observé. Pour ce qui est des concepts d’intertexte et interdiscours, ceux-ci sont à discuter. L’intertexte est rapproché de la mémoire dans le sens d’une relation que Dominique Maingueneau considère essentielle (2004, 127, note de bas de page). Dans le même endroit il est mentionné le contenu sémantique des deux concepts, « intertexte » et « interdiscours ». Le premier réfère à un « ensemble des textes avec lesquels un texte particulier entre en relation », le deuxième à un « ensemble des genres et des types de discours qui interagissent dans une conjoncture donnée ». D’habitude, « intertexte » réfère à d’autres textes littéraires (Maingueneau 2004, 129), mais si « les œuvres se nourrissent d’autres œuvres, elles se nourrissent aussi des relations avec les énoncés qui, dans une conjoncture donnée ne relèvent pas de la littérature » ( Idem ) « Le rapport au “non littéraire” est sans cesse redéfini, la délimitation de ce qui peut ou non alimenter la littérature, mais aussi relever de la littérature ne fait qu’un avec chaque positionnement et avec chaque genre à l’intérieur d’un certain régime de la production littéraire » (Maingueneau 2004, 129). Ce rapport au non-littéraire pose, pour toute œuvre autobiographique, le problème de délimitation, la frontière étant toujours instable, négociée sans cesse. Une fonction nouvelle apparaît, celle de réglage, elle vise à « mettre les œuvres en conformité avec les normes » (Maingueneau 2004, 113). En fait, « pour se positionner, pour se construire une identité, le créateur doit définir des trajectoires propres dans l’intertexte » ( Idem , 127).
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