AGAPES FRANCOPHONES 2012

92 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 autochtones, et ceci, dans tous les discours coloniaux (histoire, anthropologie, littérature). Ce discours romanesque donne la parole aux autochtones, tout en décrivant leur quotidien et leurs traditions constantes. Le fils du pauvre de Mouloud Feraoun (1950), La grande maison de Mohamed Dib (1952), La colline oubliée de Mouloud Mammeri (1952), vont jouer un rôle fondateur dans la construction de la représentation identitaire de soi et de l’autre. Ce n’est plus une communication à sens unique, où l’autre domine, c’est une nouvelle approche de l’identité, et dont le contenu est reçu « comme « une prise de parole, à la fonction souvent libératrice » (Bonn 1985, 7). Cela va s’accentuer avec L’incendie (1954) de Mohamed Dib, où la rupture est totale avec le discours colonial. Au lendemain de la seconde guerre mondiale et à la veille du début de la lutte armée, le dialogue n’est plus à l’ordre du jour, seule la révolte est permise. Pour exprimer sa condition humaine, le témoignage et la description étaient les combinaisons les plus usitées. Les éditeurs français dont on peut citer (Seuil, Julliard, Plon, Denoël) avaient déjà jeté leur dévolu sur cette littérature qui a commencé à s’affirmer. Elle dénotait, déjà à l’époque, l’intérêt particulier que portaient certains milieux intellectuels français à cette littérature. Lue en France, cette littérature se trouve doublement légitimée, en tant que discours littéraire et en tant que texte écrit en français, car ce dernier, «offre en effet le seul moyen de se faire entendre de l’opinion publique du pays colonisateur : il est donc une arme efficace au service de la libération nationale » (Bonn 1996, 11). Le destin de cette littérature est ainsi tracé. Il s’agit d’affirmer son identité et « prendre la parole » en s’adressant aux Français que beaucoup d’injustices se faisaient en leur nom. Les années 1962-1970 : De la « récupération identitaire » à l’implosion du même Une fois, l’indépendance acquise, les romanciers algériens sont entrainés dans une autre aventure, celle d’exalter la guerre de libération, ce fût avec les romans Les alouettes naïves d’Assia Djebbar, L’opium et le bâton de Mouloud Mammeri. « Récupérer » son identité bafouée par le colonisateur était une priorité pour tous les acteurs sociaux et politiques. Les nationalistes au pouvoir, avait comme programme politique et culturel, le remplacement de la langue française par l’arabisation de toutes les institutions. Mais paradoxalement le français s’est propagé, grâce à la généralisation de l’enseignement, et il prédominait dans tous les secteurs socioéconomique et médiatique. Après un petit recul de la production romanesque, suite à l’indépendance, le rythme de la production en langue française a augmenté en nombre, malgré les tentatives de bouleverser la situation linguistique héritée. Cependant la littérature de langue arabe ne commence à émerger

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