AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 93 qu’à partir des années 1970 et ne peut s’imposer dans le champ littéraire qu’à partir des années 1980. Durant cette période, la littérature romanesque de langue française est minorisée, elle entre en dissidence avec le discours politique dominant ; Le Muezzin de Mourad Bourboune (1968) et La répudiation de Rachid Boudjedra (1969) sont des exemples de la contestation politico-idéologique qui prenait le pas sur l’exaltation de la révolution nationale. L’altérité n’est plus portée ailleurs, elle prend la forme d’un débat interne. Elle met en cause celui qui a confisqué la révolution, le pouvoir, et privé le peuple de sa liberté. Les œuvres qui se succèdent reprennent, à leur tour, cette thématique, qui est en fait l’expression d’une blessure, d’un malaise de l’écrivain francophone dans son milieu. Son statut ne peut que prêter à débat, son discours aussi. À qui s’adresser ? Et par quel moyen d’expression? Et que dire ? Les enjeux de l’écriture prennent une nouvelle dimension, celle de subvertir le présent en revisitant la mémoire. Dans ce sens, la littérature peut «déjouer les falsifications de l’Histoire et les prétentions unificatrices des discours d’identité » (Bonn 18). Cette littérature, dont le prétexte originel était de dénoncer la violence de l’Autre, le déni colonial, en instrumentalisant la langue du colon, opère une implosion de la dialectique circulaire du Même et de l’Autre, « en réorientant sur l’exploitation du Même qui, d’un coup, perd sa belle apparence d’unité transparente pour devenir un monde opaque et multiple dont la fin de sa confrontation avec l’Autre enlève tous ses sens univoques et préétablis. » (Djeghloul 182). Cette littérature dont certains prédisaient la disparition, une fois l’indépendance acquise et le processus de l’arabisation mis en œuvre, fleurissait et prenait de plus en plus une consistance jamais démentie. Elle poursuivra son chemin, en fustigeant le discours officiel, et en dénonçant les tares de la société, qui tend de plus en plus vers le conformisme. Elle prendra plus d’épaisseur pour dire le malaise dans les années 1980, au moment où les discours idéologiques et politiques commençaient à s’effriter, et le désenchantement moral devient patent. Seulement les pressions idéologiques se raffermissaient, l’écrivain francophone se trouvait, de ce fait, suspecté par certains milieux, de connivence avec l’ancien colonisateur. En accélérant le rythme de sa production à partir des années 1980, cette littérature devient un lieu d’expression politique, qui remet en cause le système politique de développement mis en œuvre depuis les années 1970. Elle en signale les contradictions et les dysfonctionnements, mais en même temps, elle se marginalise. Un nouveau discours littéraire va naître, il essaie de dépasser la dialectique du même et de l’autre, pour s’introduire dans un débat, celui d’une nouvelle contradiction opposant le peuple au pouvoir politique. Poursuivant une trajectoire analogue à celle inaugurée par Mohamed Dib dans son roman La danse du roi (1968) et par Rachid

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