AGAPES FRANCOPHONES 2012

94 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 Boudjedra dans son roman La répudiation (1969), une autre génération d’écrivains voit le jour, elle se projette d’emblée dans un contre-discours au débat sur la dialectique du même et de l’autre. Le fleuve détourné de Rachid Mimouni (1982) et Les chercheurs d’os de Tahar Djaout (1984), dénoncent l’imposture des officiels qui ont confisqué la révolution, et dévoilent les déviations de l’Histoire qui consistent à légitimer le pouvoir et ses pratiques, par des rites mémoriels douteux. Ces deux textes, à côté d’autres publiés dans la même période « répondent à la violence symbolique que constitue sa minorisation et sa délégitimation par une entreprise de contestation des catégories fondatrices de l’auto-légitimation de l’idéologie officielle » (Djeghloul 184). Ils énoncent la mauvaise vie et le trouble qui entourent l’entreprise de la construction de l’État national au seuil d’une décolonisation violente. L’humour, l’ironie et la virulence du discours littéraire prennent de la consistance, elles pénètrent le réel en l’investissant d’un sens nouveau, celui d’un non-dit sur les différents tourments et frustrations de la société. La quête du sens prend une autre tournure dans cette période postcoloniale, elle s’expose « dans la vie quotidienne, dans le rapport intersexuel et dans la relation pouvoir politique-peuple qui amène la littérature algérienne de ces dernières années à travailler l’implosion du Même non seulement au présent, mais aussi au passé proche, à rectifier la vision spontanée de la dialectique du Même et de l’Autre » (Djeghloul 190). Ces textes ont donné l’alerte avec une audace indéniable, aux conjurations qui vont suivre, et qui ont débouché sur octobre 1988. Cette date va fonder un nouveau rapport au politique, c’est l’ère de la diversité et des affirmations identitaires multiples, mais en même temps, elle donnera l’occasion à tous les radicalismes de se dévoiler dans l’espace public. C’est la rupture avec un discours monolithique, qui apparaît comme un leitmotiv, le consensus national est pulvérisé par des discours politiques émergents qui gisaient auparavant dans l’ombre. C’est l’heure de l’affrontement franc entre ces multiples discours. L’explosion ne tardera pas à venir. Les années 1990-2000 : De l’ère du soupçon à l’identité éclatée L’Algérie connaîtra dès le début des années 1990, une explosion de la violence qui dépasse les limites de l’entendement. Elle exprime une réaction offensive des militants islamistes, frustrés de leur victoire aux élections législatives de décembre 1991. Les forces de l’ordre (policiers, gendarmes et militaires) constituaient les premières cibles de leurs attaques armées, avant qu’ils n’élargissent la sphère de leurs victimes, et de s’attaquer aux civils. Parmi ces derniers, désarmés et sans protection, aucune catégorie sociale n’est épargnée. Les journalistes, les hommes de lettres (dont le martyr de Tahar Djaout en est devenu l’emblème), les universitaires, les commis de l’État, les militants démocrates, les

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