AGAPES FRANCOPHONES 2012

96 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 disait Charles Bonn : « il ne s’agit plus ni d’anticolonialisme ni de contestation des États en place, mais d’une sorte de prise en charge directe de la lourdeur du réel » (Bonn 1999, 4). Le texte communique la profondeur de ce réel au lecteur qui ne peut être ici que lecteur qui maîtrise la langue française et le désigner comme témoin de « l’envahissement de l’écriture par l’horreur. » (Bonn 1999, 5) L’édition française va accompagner cette littérature, et la mise en place de la revue mensuelle « Algérie Littérature/Action » sera d’un apport indicible. Avec la maison d’éditions Marsa fondée par Aïssa Khelladi et Marie Virolle, cette revue va attirer l’attention des éditeurs français sur nombre d’écrivains algériens débutants ou en cours de consécration (Aïssa Khelladi, Maïssa Bey, Aziz Chouaki, ainsi que sur la traduction des auteurs écrivant en arabe). Le rôle de cette littérature n’est plus confiné à décrire le réel traumatisant, mais également de contribuer efficacement à faire connaître des écrivains délocalisés ou en cours de délocalisation. « Le témoignage sur la terreur du quotidien dans ce pays semble en effet devenu depuis peu une sorte de parcours obligatoire pour les textes de nouveaux auteurs algériens publiés en France, parmi lesquels on ne découvre que dans un deuxième temps quelques auteurs pour leurs qualités littéraires.» (Bonn 1999, 8) Il faut dire qu’à ce moment, le contexte politique et tout le tapage médiatique qui l’accompagnait, favorisait cet intérêt pour cette littérature (récits d’hommes et de femmes traqués par les terroristes, écrits journalistiques sur la situation en Algérie, analyses académiques et tous genres de publications autour de cette actualité brûlante). On relève des convergences entre ces nombreux textes en disant que malgré une extrême diversité des écrits, on assiste à une certaine similitude dans la dénonciation de l’idéologie totalitaire des islamistes. Cette littérature retrace les grands bouleversements qui touchent aux identités individuelles et collectives des Algériens et dans leur rapport à l’autre. L’utilisation du français renforce le statut de cette littérature et l’inscrit dans un champ littéraire plus vaste, les traductions vers d’autres langues européennes ne tarde pas à venir. La langue française est perçue autrement par beaucoup d’écrivains et de lecteurs algériens, elle devient également un moyen de combat pour défier la tragédie. Même des auteurs algériens de langue arabe se mettent de la partie, soit en écrivant dans cette langue (Amin Zaoui), soit en se faisant traduire dans cette langue (Laredj Ouassini, Marzek Bagtache et bien d’autres). L’organisation de l’année de l’Algérie en France en 2003 a permis la découverte de plusieurs écrivains de langue arabe. En dépit du débat passionnel qui s’est installé dans le pays autour des langues au début des années 1980 et de la prise idéologique d’une rare violence dans les années 1990, la langue française est devenue de fait une langue d’écriture et de communication sociale consentie et tolérée pour la plupart des acteurs

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