AGAPES FRANCOPHONES 2013
Katarzyna GADOMSKA Université de Silésie, Pologne 100 1 À ce propos M. Wandzioch prétend: « Il y a même des heures en quelque sorte [...] favo- rables à l’indécision perceptive où le mystère s’impose provoquant une vive émotion et frap- pant davantage l’imagination du lecteur : minuit, crépuscule, aube. » (2001, 126) 2 Rappelons que les distorsions, altérations, paradoxes du temps ou de l’espace sont plutôt caractéristiques de la science-fiction ou du « nouveau fantastique ». Ce motif n’apparaît que rarement dans le fantastique du XIX e siècle. prégnés du pouvoir du temps passé. Leur rôle primordial dans le récit est souvent souligné par le titre – élément paratextuel de prime importance : ces objets épo- nymes sont par exemple évoqués dans La Cafetière et Le Pied de momie . Montrons maintenant comment les objets déclenchent les voyages fantastiques des héros gau- tieriens. Dans La Cafetière, le narrateur est invité par un de ses amis en Normandie. L’a- meublement et l’aspect de sa chambre introduisent lemotif du voyage dans le passé, à l’époque de la Régence : « [...] je sentis, en y entrant, comme un frisson de fièvre, car il me sembla que j’entrais dans un monde nouveau. En effet, l’on aurait pu se croire au temps de la Régence [...]. » (Gautier 1993, 14) Parmi les bibelots qui ornent la chambre, le narrateur remarque une belle cafetière en forme de tête de jeune et jolie femme. À minuit, l’heure significative du genre fantastique 1 , une animation brusque de la cafetière constitue un de premiers phénomènes inexplicables qui ont lieu cette nuit-là : « [...] une cafetière se jeta en bas d’une table où elle était posée, et se dirigea, clopin-clopant, vers le foyer, où elle se plaça entre les tisons. » (15) En- suite, les personnages des portraits et des tapisseries décorant la chambre quittent leur cadre et commencent à vivre. Tous, ils sont habillés en costumes de la Régence. Un véritable bal, avecmusique et danses, est ouvert. L’animation de l’objet fait donc remonter le personnage dans le temps, vers une époque révolue. Le voyage revêt le caractère d’une mystérieuse aventure inexplicable par les lois de notre monde. Il est possible d’y voir une sorte de distorsion temporelle 2 , à savoir que brusquement, le temps change, inverse son flux, fait un retour en arrière grâce à quoi le héros peut retrouver un monde perdu. Un schéma semblable de voyage se répète dans Omphale. C’est également l’objet, la tapisserie de Beauvais, qui propulse le héros dans le passé, également à l’époque de la Régence. Cet objet précieux, présentant la reine Omphale, captive, dès le début du récit, toute l’attention du personnage : «Omphale avait ses épaules blanches [...] ; ses beaux cheveux blond cendré [...] ; ses petits pieds, vrais pieds d’Espagnole ou de Chinoise [...] Vraiment elle était charmante ! » (65) Chaque nuit, la belle femme sort de la tapisserie et passe des nuits amoureuses avec le narrateur. Elle lui apprend qu’elle est en vérité la marquise Antoinette de T., de l’époque de la Régence, repré- sentée sur la tapisserie comme la reine Omphale. Leurs rencontres ont lieu dans un pavillon aménagé dans le style rococo, ce qui fait plonger le personnage dans l’am- biance de l’époque. Ce voyage fait penser, comme dans le cas précédent, à une ét- range altération du temps qui permet au protagoniste de répondre à l’appel d’un monde disparu. Gautier utilise ce schéma du voyage toujours dans le passé et effectué grâce à un objet encore dans deux récits, à savoir dans Le Pied de momie et Arria Marcella . C’est l’objet éponyme du Pied de momie qui fait remonter le héros dans l’Egypte an- cienne, à l’époque du règne de la princesse Hermonthis. Le voyage n’exige aucun moyen de transport spécial et dure peu bien qu’ils fassent un retour en arrière de quatre mille ans :
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