AGAPES FRANCOPHONES 2013

Katarzyna GADOMSKA Université de Silésie, Pologne 102 4 À ce propos consulter: T. Todorov 1970, 29. 5 À ce propos voir : M. Wandzioch 2001, 169–175. 6 Et également dans le fantastique classique en tant que tel. Octavien d’ Arria Marcella est retrouvé, par ses deux compagnons, évanoui sur une mosaïque dans les ruines de la villa d’Arrius Diomedes : « Ils [ses deux amis – K.G.] eurent beaucoup de peine à le faire revenir à lui, et quand il eut reprit connaissance, il ne donna pas d’autre explication, sinon qu’il avait eu la fantaisie de voir Pompéi au clair de la lune, et qu’il avait été pris d’une syncope [...]. » (230) Conformément aux règles d’or du fantastique qui exige la coexistence de deux interprétations finales (celle rationnelle et celle surnaturelle) du phénomène et qui maintient jusqu’au dé- nouement du récit l’hésitation 4 entre elles, le rêve constitue une explication de l’a- venture conforme à la raison, à la logique et aux lois gouvernant notre monde. Le rêve apporte donc au voyage fantastique une caution de vérité et augmente sa crédi- bilité : le songe rend possible la communication entre deux mondes, le fantastique et le réel. C’est l’« objet–témoin 5 » qui accomplit dans la structure du récit fantastique un rôle semblable à celui du rêve : l’objet se porte aussi garant, à la fin du récit, de la véra- cité du voyage. Dans LaCafetière , seuls lesmorceauxbrisés de la cafetière témoignent du voyage extraordinaire du héros. Dans Omphale , la tapisserie que le narrateur es- saye en vain, après plusieurs années, d’acheter chez un antiquaire constitue la preuve de ses aventures nocturnes. La lave pétrifiée d’ Arria Marcella se trouve toujours au musée de Naples, rappelant au protagoniste l’histoire vécue. Comme la princesse égyptienne récupère son pied, cet objet ne peut pas devenir l’objet-témoin du voyage dans l’Egypte ancienne, mais le narrateur obtient d’Hermonthis un autre objet qui ac- complit cette fonction dans le récit, à savoir une figurine d’Isis en pâte verte. Enfin, dans toutes les quatre nouvelles évoquées ci-dessus le voyage change à ja- mais la vie du personnage : après le voyage, rien n’est plus comme avant. Le voyage constitue dans le fantastique gautierien 6 une expérience douloureuse car, souvent, il est lié à un amour impossible et malheureux qui cause la chute finale du héros. Les objets déjà évoqués représentent et remplacent par effet demétonymie, pour un cer- tain temps, les figures féminines dont tombent amoureux les protagonistes. Dans les quatre textes analysés, le héros est tout d’abord fasciné par l’objet qui déclenche son voyage au caractère rétrospectif. Ensuite, durant son itinéraire, il rencontre une femme du passé préfigurée par l’objet et il vit un coup de foudre se terminant tou- jours mal. L’amour du héros de La Cafetière pour Angela, femme dont la belle tête a servi de modèle pour la cafetière, finit par la chute du personnage ce qui est ainsi exprimé dans l’excipit de la nouvelle : « Je venais de comprendre qu’il n’avait plus pour moi de bonheur sur la terre. » (22) Comme la cafetière est brisée en mille mor- ceaux, le personnage n’est plus capable de voyager dans le passé pour retrouver sa bien-aimée. Le narrateur d’ Omphale amoureux de lamarquise représentée sur la ta- pisserie ne verra plus Antoinette, ressusciter le passé s’avère être impossible. La tapisserie est vendue après la mort de son propriétaire, l’oncle du narrateur, et elle coûte trop pour que le héros puisse la racheter. Il ne lui reste qu’un souvenir de celle qui était son premier amour. Le pharaon du Pied de momie interdit le mariage de sa fille, la princesse Hermonthis, et du protagoniste. Ce dernier n’a plus de possibi- lité de revoir la princesse car il lui a rendu son pied et sans cet objet, le voyage est ir- réalisable. Les amoureux sont séparés par un fossé de quatre mille ans. Octavien

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