AGAPES FRANCOPHONES 2013
Le motif du voyage dans le récit fantastique de Théophile Gautier 103 7 Par exemple dans les Annales d’hygiène de 1886; en 1847, le médecin écossais Simpson popularise l’usage de l’éther dans les accouchements. 8 Citons à titre d’exemples: Les Rêves de G. de Maupassant, Voyage en Orient (Histoire de Kalif Hakem) de G. de Nerval, Cœur double de M. Schwob, Le Double, Le Possédé, Les Trous du masque de J. Lorrain. 9 À la première personne, Gautier relate dans les plus petits détails toutes les visions et hal- lucinations dues à l’opium. Cette précision laisse supposer que Gautier relate ses propres ex- périences. Parmi d’autres fumeurs d’opium, les écrivains célèbres duXIX e siècle, tels Alphonse Karr et Alphonse Esquiros, sont mentionnés. d’ Arria Marcella essaye plusieurs fois de franchir le temps et de se rendre dans la Pompéi antique, mais en vain : N’y pouvant plus tenir, il retourna secrètement à Pompéi et se promena, comme la première fois, dans les ruines, au clair de lune, le cœur palpitant d’un espoir insensé, mais l’hallucination ne se renouvela pas. [...] ArriaMarcella resta obsti- nément dans la poussière. (230) Les tentatives d’oublier Arria sont également infructueuses, le bonheur est inacces- sible même dans le mariage. Octavien épouse une belle Anglaise qui l’aime éperdu- ment, mais le couple n’est pas heureux. Froid et distant envers sa femme, le héros reste fidèle à Arria. En parlant du motif du voyage chez Gautier, il faut également prendre en consi- dération le fait que certains itinéraires se réduisent dans ses récits à un état d’esprit du narrateur sous l’emprise de la drogue. Au XIX e siècle, les drogues, tels qu’éther, opium, morphine, hachisch, et leurs effets, décrits tout d’abord par les médecins 7 , sont ensuite devenus une source d’inspiration puissante pour les écrivains du fan- tastique 8 . Les auteurs de récits fantastiques tels queGautier,Maupassant ouLorrain présentent les visions causées par la drogue avec une précision nosologique. Les artistes croient que les paradis artificiels permettent de tromper le temps et l’espace, l’ennui et la souffrance existentielle. Selon eux, la drogue permet de découvrir chez l’homme une autre partie de la personnalité, latente, celle-là, elle libère des activités automatiques plus profondes, primitives et fondamentales que l’activité raisonnable. Dans le fantastique, la drogue rendpossible et favorise l’intrusion du surnaturel dans le réel. Tout comme le rêve, elle apporte sa caution, sa vraisemblance au fantastique. Théophile Gautier est l’auteur de deux récits fantastiques, La Pipe d’opium et Le Club des hachichins , où l’usage de la drogue est à l’origine d’un voyage extraordi- naire. La Pipe d’opium reprend le cadre onirique, déjà analysé, du voyage, cependant cette fois-ci le rêve est le fruit de l’opiumque le narrateur fume avec Alphonse Karr 9 . Outre diverses visons et rencontres saugrenues, le narrateur raconte son voyage dans une ville inconnue, noire, et d’une architecture singulière : lesmaisons de cette ville […]me parurent d’une petitesse à ne pouvoir être habitées ; – la voiture, quoique beaucoup plus large que les rues qu’elle traversait, n’éprouvait aucun retard ; les maisons se rangeaient à droite et à gauche comme des passants effrayés, et lais- saient le chemin libre [à la voiture du narrateur – KG]. (121) Rappelons que ce type de distorsions spatiales, une sorte d’une géométrie impossible ou d’une hérésie géométrique par rapport à notre univers, caractérise fréquemment
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