AGAPES FRANCOPHONES 2013

Elena GHIŢĂ Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie 110 3 Notre traduction pour toutes les citations des romans de référence. Scott, Dumas, Hugo, Manzoni, Sienkiewics, Tolstoï, etc. Revisitées aujourd’hui, ces œuvres ne donnent nullement l’impression d’être redevables à une vision sclérosée de l’identité. L’évocation du passé, d’inspiration romantique, certes, est redevable aussi à l’esprit des recherches anthropologiques du siècle dernier au stade où cette science se trouvait alors. Une lecture renouvelée de ces romans, se proposant d’évi- ter les clichés de la critique, s’accompagnera nécessairement d’une recherche sur l’influence française dans les pays concernés. Pour ce qui est dudomaine strictement littéraire, notons que dans son évolution ultérieure jusqu’à nos jours le roman histo- rique se construit toujours autour de l’image acceptée d’unAutre qui faitmieux com- prendre le Même. Telle est, par exemple, la figure du dentiste prussien de Charles de Hohenzollern (devenu roi de la Roumanie en 1881) dans le roman récent de Filip Florian, Zilele regelui [ Les Jours du roi ] (2008). On y trouve par ailleurs des pages parodiques sur les démarches à Paris, des politiciens roumains à la recherche d’un « prince étranger » garant de l’indépendance dupays, démarches soutenues, comme on le sait, par Napoléon III. Le rapprochement entre les romans du Roumain Sadoveanu et du Serbe Andrić proposé dans les années ‘70 du siècle passé par l’universitaire de Bucarest Voïslava Stoïanović et, plus récemment, par le professeur Cornel Ungureanu de Timişoara, fait l’objet d’un article (2004) signé par Amalia Mărăşescu, auteur, par ailleurs, d’une thèse sur le romanmytho-historique européen (2008, 21–34). Dans sa lecture des textes, elle reproduit les méandres du récit tout en se tenant à une distance iro- nique. Nous la suivons dans la première partie de notre approche. La deuxième contient des renseignements de géographie et d’histoire qui ne sont pas donnés ex- plicitement dans les romans, mais qui, dans l’aire de référence, sont présupposés. C’est aussi une occasion de rappeler les différences entre écrits romanesques d’inspi- ration historique et écrits historiographiques. Dans la troisième partie nous mont- rons que la perspective narrative ouvre sur l’étranger qui regarde. L’image de celui-ci est composite, elle comporte des autobiographèmes et des éléments livresques. 1. Portraits et intrigues 1. Dans le roman de Sadoveanu, Paul de Marenne traverse la Moldavie, du Nord au Sud, après avoir séjourné en Pologne. Il est hébergé dans des villages, dans la capi- tale Iassy, chez les moines catholiques, finalement dans une auberge perdue sur le chemin des Tartares. Le personnage, vivant et convaincant, est conçu selon une es- thétique de la vraisemblance: informations sur les origines, portrait physique, dé- voilement des intentions, relations humaines, manière de parler, implication dans l’intrigue. Une lettre de recommandation précède son apparition. Il y est présenté comme un abbé provenu d’une ancienne famille ruinée « à qui Dieu a donné trop d’enfants », mais qui ne manque pas d’influence. C’est un homme « trapu et agile », « au visage bénin », « aux traits fins et spirituels », cultivé, connaisseur des philo- sophes grecs et latins tout aussi bien que du coeur humain. On apprend qu’il estime à juste prix les livres, la bonne chère et un bon vin (Sadoveanu, I, 10, 25 3 ). Au cours du voyage, son profil se dessine avec des particularités qui le distinguent des hommes de guerre, de science oud’église du lieu. Il semontre, par exemple, plus ter- restre que Guido Celesti ( pater praefectus des minorites de Iassy) et que la métro-

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