AGAPES FRANCOPHONES 2013

L’image du voyageur français dans des pays de l’Est : De Marenne et Daville 113 5 À la suite des guerres russo-turques et austro-russo-turques, ce territoire fut diminué en faveur de l’Autriche au Nord (1775) et de la Russie à l’Est (1812). Au XIX e siècle la Moldavie, comme la Valachie, se trouva d’abord sous le protectorat russe, puis, unie à la Valachie en 1859, elle devint une partie du royaume de la Roumanie, constitué en 1881, après la guerre d’indépendance (1877–1878). En 1918, les parties du territoire séparées en 1775 et 1812 furent intégrées dans la Roumanie. Après la seconde guerre mondiale, des parties du territoire, au Nord et à l’Est, furent incorporées dans l’ex-Union Soviétique. Aujourd’hui, le nom de Molda- vie est porté par : 1. la province de la Roumanie, située entre les Carpathes Orientales et la ri- vière de Prut et 2. la République indépendante (une partie du territoire situé entre le Prut et Dniestr qui avait été inclus dans l’ex-Union Soviétique ; une autre partie revient à l’Ukraine). La Roumanie fait partie de l’Union Européenne depuis 2007. Elle a adhéré à la Communauté des États francophones en 1993. 6 Durant la seconde moitié du XIX e siècle la Bosnie fut administrée par l’Autriche-Hongrie (occupée en 1878, annexée en 1908). Unie au Royaume des Serbes, Croates et Slovènes en 1918, elle fera partie de l’État fédéral de la Yougoslavie après la seconde guerre mondiale. Après la guerre de Yougoslavie (Accord de Dayton, 1995), l’État dont la capitale est Sarajevo est formé de laBosnie, l’Herzégovine, laRépubliqueSrpskaet ledistrictBrsko, sous juridiction internationale. 2. Aperçu historique. L’Histoire et le roman Au XVII e siècle, la Moldavie 5 était l’une des deux Principautés Danubiennes sous la suzeraineté de l’Empire Ottoman qui les avait intégrées économiquement sans y in- staller une administration ottomane, gouvernées par des voïvodes locaux, puis par des princes d’origine grecque d’Istanbul, désignés par les Turcs. Son territoire s’é- tendait entre les Carpathes Orientales à l’Ouest et le fleuve Dniestr à l’Est. Au Nord, il y avait la Pologne, au Sud, la Valachie et l’empire suzerain qui avait inclus les bouches du Danube et les côtes de la Mer Noire. Au début du XIX e siècle, la Bosnie 6 était une division administrative de l’Empire Ottoman (pachalik, gouverné par un pacha), depuis plus de trois siècles, à partir de 1463. Le peuple y était composé de plusieurs ethnies (turque, serbe, croate, juive) et divisé en plusieurs confessions distinctes (musulmans, chrétiens orthodoxes, chrétiens catholiques). En dépit des dissemblances notables dans l’évolution historique, les deux pays, qui se connaissent d’ailleurs assez peu, se ressemblent comme zones d’influences mul- tiples. Ils connurent une domination ottomane prolongée (du XV e siècle au XIX e si- ècle) : laMoldavie sous la suzeraineté turque, laBosnie comme divisionadministrative dans l’empire ; puis, une longue période d’instabilité vu leur situation marginale par rapport aux centres des trois empires qui se confrontaient (« décroissance » de l’Em- pire Ottoman en faveur de la Russie et de l’Autriche aux XVIII e et XIX e siècles) ; enfin l’indépendance et l’adoption de nouveaux modèles institutionnels. Les modifications survenues au XIX e siècle et au début du XX e siècle sur la carte du continent européen favorisaient l’essor des jeunes nations. Leur passé, leurs ori- gines et leurs attachements, voulus ou imposés, étaient remis en question. Visant ces changements, l’historien Lucian Boia fait cette remarque : « Au XVIII e siècle […], dans les Principautés Danubiennes, les Roumains (l’élite) s’habillaient à la turque, parlaient grec, utilisaient pour écrire les caractères slavons. Quelques décennies plus tard, ils allaient adopter des caractères latins, s’habiller à l’européenne et parler fran- çais » (2012, 80). Les temps évoqués dans Le Signe du Cancer et Chronique de Travnik sont anté- rieurs aux guerres russo-turques et austro-russo-turques (auxXVIII e et XIX e siècles) qui ont marqué d’instabilité les provinces situées aux confins des empires. Mais la vision en est redevable. Tous les auteurs de romans historiques créent des person-

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