AGAPES FRANCOPHONES 2013

Elena GHIŢĂ Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie 114 7 Notre traduction. nages et des intrigues sur un fond d’époque de changements : de dynastie, de gou- vernement, de frontières, dementalités. Ils visent les différences de comportements quand il y a un contact, plus ou moins brutal, de cultures et de mentalités, ils en peignent les effets sur l’individu quand la communauté d’appartenance subit des changements de pouvoir régissant, de modèle institutionnel, d’influence culturelle et linguistique. Rappelons en guise d’exemple, chez Scott, les Saxons et les Nor- mands dans Ivanhoé , les Jacobites et les Hanovriens dans Warveley . Rappelons- nous aussi que l’inspiration historique est souvent déclenchée par un évènement récent. Les faits évoqués sont alors ressentis comme analogues à ce qui vient de se passer. C’est le cas, par exemple, de cette « minute épouvantable » qui fut la guerre de Vendée évoquée dans le roman Quatre-vingt-treize de Victor Hugo, écrit immé- diatement après la Commune de Paris. L’évocation dans les pages de Sadoveanu et d’Andrić est aussi une allusion à des évènements plus récents quand l’intervention de la France favorisa la constitution et l’affirmation des jeunes États indépendants. Les conséquences favorables pour les Roumains de la guerre de Crimée (1853), suivie du Congrès de Paris (1856), pour les Roumains et les Serbes après la première guerre mondiale, pour les Serbes après la seconde guerre mondiale, attirent l’attention sur la diplomatie française. Le long processus d’affirmation des jeunes États qui suivaient le modèle institu- tionnel des pays de l’Ouest, perçu comme un modèle de progrès, était accompli au moment où furent conçus les deux romans dont il est question ici. La Roumanie, en particulier, avait adopté un cadre juridique et administratif d’inspiration française tout en se détachant des influences grecques et russes antérieurement ressenties. Les changements dans la mentalité (une acculturation acceptée au niveau de l’élite rou- maine, selonNeaguDjuvara) s’étaient déjà produits et intégrés dans lamémoire col- lective des communautés respectives. Les romans dont l’action est placée dans le passé pré-moderne enregistrent aussi une vision modifiée qui fut ultérieure aux temps évoqués. Le questionnement propre à une époque de transition vers la cons- titution des États indépendants laisse une empreinte sur les personnages. Ils de- viennent des représentants transhistoriques. Parfois les scènes dialoguées enre- gistrent des réflexions anachroniques : – Ce n’est qu’un village pillé. – Par qui ? – On ne saurait dire. – Je ne comprends pas. Que fait-elle, la police du prince ? – Elle fait ce que l’on voit. – La justice et l’ordre sont les premiers éléments d’un État, objecta de Marenne, offensé de l’indifférence de son compagnon. – C’est possible, monsieur l’abbé, mais la surprise de ces dons, Dieu nous la réserve pour un siècle à venir. (Sadoveanu, I, 38) 7 C’est l’impact de la culture française et son prestige dans les siècles à venir qui fait que les envoyés de Louis XIV et de Napoléon I dans les contrées de l’Est soient des figures proéminentes dans les romans du XX e siècle. Le temps du prince Duca dans la Moldavie pré-moderne livre ainsi sous la plume de Sadoveanu le prototype du voyageur français en Roumanie.

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