AGAPES FRANCOPHONES 2013

Dima HAMDAN Université Libanaise de Beyrouth, Liban 128 2 Chopra définit le quantum comme étant « l’unité indivisible selon laquelle les ondes peuvent être soit émises soit absorbées », p. 26. I. Traversée quantitative de l’altérité Eduqué aux valeurs de l’universalité, Stétié est médiateur entre les cultures d’Orient et les cultures d’Occident, les dépassant vers ce qui les unit. Nous entendons par là les résonances de la pensée transdisciplinaire, se répercutant à la fois dans ses œuvres théoriques et ses recueils comme dans ses voyages réels. Il dit : « Différents au regard des uns des autres, nous sommes les mêmes dans ce qui nous fait ce que nous sommes , car nous avons les mêmes expériences fondamentales. » ( Fils de la parole. Un poète d’Islam en Occident 2004, 48) Sonœuvre représente lamouvance entre les versants opposés d’une culture. Pour mieux comprendre le mode du voyage qu’il adopte avec constance et qui forme la stratégie d’écriture de Kyôto , il serait important d’expliquer le principe demouvance à la lumière de la physique quantique. Nous avons affaire au croisement interdisci- plinaire entre le littéraire et le scientifique. La mouvance dans le voyage est un saut qui s’opère au niveau « quantitatif ». En effet, une force existe en l’homme laquelle s’étend à la fois hors de ses frontières et se propage dans la nature. Cette force ou quantum , dit Chopra ( Le corps quantique 26) est une « perspective quantique » 2 , une zone où s’organise le contact de la matière avec l’intelligence. Il ajoute (26) que ce « niveau irréductible d’une force » est un niveau supérieur de la conscience lequel n’est pas limité dans le temps, ni dans l’espace, « mais qui est une compression de toutes les dimensions contenues dans l’expansion de l’Univers » (121–122). Le regard que Stétié adopte constitue l’essence même de la transculturalité. Le « principe de complexité » selon Michel Random ( La pensée transdisciplinaire et le réel 18), postule la présence de l’harmonie entre les différents aspects de la réa- lité (18) : « L’unité s’exprime dans la diversité. Toutes choses étant à la fois une et uniques dans la multiplicité : unicité de chaque partie […] La complexité du vivant découle donc de cette unicité et des relations invisibles qui la relient au Tout. » Comment réaliser l’unicité existentielle ? Evoquant la diversité des poètes que Stétié a fréquentés et mettant en question leurs écritures, il aboutit à la conviction suivante : « Oui, entre tous ceux-là, qu’y a-t-il de commun, sinon l’écho en moi, dis- je, […] de leur présence profuse et dont j’ai pu parfois me sentir comblé ? Eh bien, soit, il y a moi, et il n’y a que moi comme point de rendez-vous de tous ceux-là, que moi à ma confusion la plus grande. » ( Le nibbio 17) Dans son rapport à l’Objet, le Sujet entre en harmonie. Telle est la dynamique du Sujet et son rôle de « tiers inclus » que Nicolescu ( La transdisciplinarité 1996, 59) définit par « le sujet lui-même ». La relation à l’altérité est régie par le principe de mutation lequel élargit les horizons pour extraire la connaissance absolue repliée dans une culture donnée, pour la dégager du niveau relatif, microscopique et la re- placer dans son statut originel, au niveau macrocosmique. Le voyage de Stétié est une traversée dumonde réel ; d’ailleurs, le verbe « traver- ser » et sa forme nominale « traversée » émaillent sonœuvre théorique notamment : Il me semble, dit-il, que les êtres font partie, comme les arbres, comme les astres, des “réalités extérieures” […] Nous n’avons de l’extérieur que des signes à partir desquels nous ébauchons une totalité figurée […] Ce type de commu- nication est une communication transversale, une communication “à travers”.

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=