AGAPES FRANCOPHONES 2013
Salah Stétié: Le voyage comme l’art de « passer outre » 129 3 Fils de la Parole (Stétié, 18) répète sans cesse l’expression« passer outre » et le terme « tra- versée » pour insister sur son principe transdisciplinaire. Nicolescu ( TO , 221) n’en dit pas autrement : « La clef de voûte de la transdisciplinarité réside dans l’unification sémantique et opérative des acceptions à travers et au-delà des disciplines.» 4 Nicolescu ( TO , 221) dit dans l’Article 5 de la Charte : « La vision transdisciplinaire est réso- lument ouverte dans la mesure où elle dépasse le domaine des sciences exactes par leur dia- logue et leur réconciliation, non seulement avec les sciences humaines mais aussi avec l’art, la littérature, la poésie et l’expérience intérieure. » 5 Terme utilisé par Stéphane Lupasco, écrit Michel Random ( La pensée transdisciplinaire et le réel 1996, 24) pour signifier que « l’univers est uni à lui-même comme la chaussure l’est au pied ». 6 Nous empruntons à David Bohm ( La plénitude de l’univers 1990, 13) ce terme pour dé- signer l’ordre invisible dumonde, par opposition à l’ordre déplié ou aspect visible de l’univers. Les deux ordres sont un tout indissociable en état de changement perpétuel. Il n’y a pas de communication directe avec soi, il n’y a de communication avec soi que par cette traversée . ( Fils de la Parole 253–254) Son voyage est l’acte de « passer outre » : « Il faut traverser. Si j’avais à choisir une devise pour ma vie, je dirais que ma règle de conduite aura toujours été : passer outre 3 . » Imprégné de cette conviction, Stétié en fait la souche de son système de pensée. Il est un trans-voyageur , insigne nominative dans laquelle s’instille la tendance poétique à être ailleurs. Il est l’ambassadeur du trilogue : le dialogue duSu- jet avec l’Objet n’a de valeur que dans son prolongement avec un niveau Supérieur de la Conscience et de la Connaissance, à savoir le niveau cosmique. Son projet lit- téraire est de rétablir le circuit avec l’Autre ; son mérite est de vouloir restituer des valeurs morales et artistiques dont l’essence a été oubliée vu l’essor de la mécanisa- tion et de la commercialisation. «Trans» est le principe fondateur de ses voyages. N’y voit-on pas l’enseignement de la Transdisciplinarité 4 ? Ainsi pouvons-nous parler de trilitéralité du regard stétien, cette « trialectique » 5 caractéristique de la transdisciplinarité. Les niveaux du réel sont considérés dans leur totalité. L’absence du dualisme et la non-séparabilité, la vibration qui appelle à un regard infini, la reliance au principe de la nature et au principe féminin, ces marques distinctives de son écriture, établissent unmode de voyagemarqué par l’es- prit d’ouverture. C’est cette pulsion qui catalyse son expérience au Japon. L’appétit de découvrir l’altérité et de se découvrir soi-même n’est pas saisi à lui seul, mais il le mesure à la lumière d’un versant infini, celui de la conscience absolue. La pulsion transcultu- relle, pour Stétié, se dégage de la tentative d’exclusion et d’inclusion : « Le prétendu réel, le réel proposé est fait de mille figures, de mille simultanées propositions de figures, figures, d’ailleurs, plus oumoins sorties de l’indistinction originelle, plus ou moins achevées sur la route de leurs accomplissements éphémères. » ( Ur en poésie 136). C’est à l’examen des niveaux de réalité que nous convie le voyage de Stétié, à une relation trilogique avec les émergences et leur interaction. II. Univers implié 6 dans une ville Le « principe de complexité » recouvre les aspects du monde phénoménal et exige de transgresser leur dualité. Si toute conscience est dialogique par essence entre le Sujet et l’Objet, au bénéfice de la rencontre, quelle est cette 3 e culture qui va en res-
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