AGAPES FRANCOPHONES 2013
Dima HAMDAN Université Libanaise de Beyrouth, Liban 132 d’une totalité globalisante sous l’effet de leur complicité. Le voyage entre les con- traires aspire à l’unité. Kyôto est plus qu’une ville. C’est une philosophiemise en architecture, imprimée sur terre, soumettant l’aspect esthétique à l’aspect éthique. Les jardins de mousse, le Ryôan-ji et le Daitoku-ji en sont une expression. L’harmonie des couleurs comme le vert, dialoguant avec les jeux de la lumière, le brun et le « gris bleuté des tuiles » ( Kyôto 75) le règne du calme, la discipline artistique basée sur la mesure et la sy- métrie (90–91), calquent la ville sur une structure linéaire et horizontale. Les jardins sont marqués par un caractère opposé : fluide et sec à la fois. En effet, le regard est suspendu devant le dialogue des jardins secs célèbres par l’amas de pierres et les eaux sereines. Le contraste entre le fluide, le mouvant et le silence de l’élément compact se résorbe dans l’unité. Ainsi, le voyageur métaphorise-t-il les pierres comme des « cascades de pierres » (97). Les pierres sont d’un caractère on- dulant, elles figurent « l’eau éternellement invisible du jardin sec » ( 97). Dans les jardins est impliée lamatrice de l’univers. L’espace vert est en lui-même une cosmogonie. La discipline n’est pas rigidité, ni uniformité, mais mobilité, in- sertion des contraires les unes dans les autres, franchissement qu’impliquent « les lois courbes et joueuses » ( Ur en poésie 55) de la quête d’unité. Cette pensée im- prime le voyage stétien, de nature ductile, libre de « la tentation de l’uniformité cul- turelle » ( Le nibbio 215). La permanence et l’impermanence s’ouvrent l’une à l’autre dans une dimensionpoétique. La terminologie phénoménologique redondante dans le récit dénote de la texture du voyage spatial qui s’apparente à l’horizon spirituel. III. Transécriture viatique La syntaxe du regard poétique stétien est transformationnelle. Le voyage horizontal dans l’espace du réel subit une transformation au niveau relatif de la conscience. Mais la traversée est plutôt verticale, c’est un saut quantitatif. L’espace référentiel est médiateur et le voyage est tramé par l’ absence . Le récit volumineux sur Kyôto où alternent images et récit, étonne par l’économie affective et par l’étalage du langage de la transparence , de l’ absolu . L’écriture en prose se découvre poésie, car ne rele- vant plus dumonde sensible, mais outrepassant ce dernier en vue d’atteindre la Ré- alité Suprême. Nous sommes intéressée à voir comment l’écriture du voyage trans- culturel passe par la poésie, voie obligée qui renouvellerait le sentiment d’exotisme. C’est par intuition que les poètes se conjoignent aumonde. Poésie est le récit sur Kyôto de par la connexion à la nature. Si voyager, signifier “outre- passer”, cette en- treprise étaye l’idée que l’écriture du voyage est d’essence poétique, elle est création et la création est quête du Sens. Random (140) écrit : « Pour intégrer le trans , il faut être poète. » Le Sens à venir, c’est la poésie qui est le lieu de la profusion, elle en est le mode d’existence. D’ailleurs, si le terme « poésie » signifie en grec « créer », le voyage stétien est donc de caractère féminin. À ce propos, nous citons Nicolescu (130) qui lie la dimension poétique et la dimension féminine : « Tout projet d’avenir passe nécessairement par la féminisation sociale . Tout comme la femme, et non pas l’homme, donne naissance à l’enfant, c’est la féminisation de notremonde qui pour- rait donner naissance aux liens sociaux qui manquent cruellement aujourd’hui, aux passerelles entre les êtres humains de cette Terre ». La reliance à la nature réhabilite la notion de Création propre au féminin ; le retour au féminin s’avère urgent pour notre époque froide. La mécanique est gla-
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