AGAPES FRANCOPHONES 2013
Dima HAMDAN Université Libanaise de Beyrouth, Liban 134 mots de parler de la beauté, de cette forme notamment de beauté qui exige, par goût de l’intériorité, d’être accueillie en silence. Kyôto est une ville discrète, se- crète, attirée par son propre versant vers l’invisible. ( TO , 38) La question est une traversée de la réponse par le chemin obscur de l’unicité. Les sé- ries de questionnement sur Kyôto sont un tremblement poétique avec ses variantes que Stétié se plaît à choisir : « fraîcheur » ( Fils de la Parole 40) et « rosée » (41) ; « frémissement » ( Ur en poésie 43) et « énergie » (63) de la pensée et de l’écriture du voyage grâce à quoi émerge l’« outre-sens » (16). Cette ville des temples, des sanctuaires et des jardins est rebelle au dévoilement. Les questions restent parfois sans réponse ; c’est une façon qui imprime à l’écriture de l’étranger un caractère sacré. Le voyageur implique le lecteur dans le questionne- ment et dans la fabrication des réponses. C’est un procédé socratique dans la per- ceptionde l’altérité. Lamaïeutique découle duprincipe féminin qui stipule que l’acte de créer est tramé par l’attente de l’émergence d’une réponse éventuelle dumystère. Mais l’absence de réponses préserve l’émerveillement et la poésie : « L’œuvre de la ville est faite, la poésie affleure. » ( Kyôto 331) Elle est surpassement de la dualité : « La poésie, c’est l’absoluité du signe et la splendeur du signifié. » (Cohen 1995, 122) La réponse venue, réalisée, trouvée, voilée et découverte, c’est la poésie qui se trouve suicidée et le voyage qui se trouve non accompli. Ils se meurent d’être achevés. Le récit se déploie en une forme spirale ; force nous est d’étudier le début et la fin. D’abord, l’ouverture du texte en prose commence par une dédicace sous forme d’un poème. Stétié indique au lecteur un mode de réflexion particulier sur l’es- pace exotique : « Ce livre n’est pas un guide de voyage Ce livre est un voyage Ce livre n’est pas un bouquet d’informations Il est, pas à pas, chemin d’initiation ». ( Kyôto -Préambule) Il est étonnant de remarquer que l’incipit et l’excipit sont liés par un effet de miroir. Le récit en effet s’achève par un extrait du poète Buson qui exprime son étonnement devant le monde. La fin de Kyôto nous informe du caractère poétique du voyage. L’écriture finit par avoir la fonction d’un « poème achevé ». La prose est médiatrice entre le réel et le transréel ; elle se trouve annulée par l’écho poétique du début et de la fin. L’écriture du voyage est une traversée des genres et la prose poétique est une approximation du poème-ville. Ce récit ad-vient Poème, il est Mystère à l’image de la ville même : la poésie, s’il lui faut prendre corps – et bien évidemment il le faut – doit donc faire en sorte qu’un appui lui vienne de ce qui n’est pas elle. A cette condition seulement elle pourra ad-venir. Cet appui, ces appuis, la poésie les demande à la totalité du corps verbal dans toutes les directions de ses possibles, et selon l’inclinaison propre au poète. ( Ur en poésie 126) Le voyage dans les niveaux de Réalité aboutit au lieu obscur où réside la finalité du voyage : c’est le Sens ineffable, implié . Pour finir, nous dirions que le départ vers le Japon est un voyage qui finit par une ouverture à un espace-signe. Nous avons observé le protocole du regard de l’autre et de l’ailleurs, traversant l’espace de la ville, des jardins et de la femme, autant d’as- pects phénoménaux qui sont finalement au-delà de l’être, mais lesquels réunissent
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