AGAPES FRANCOPHONES 2013

Ramona MALIŢA Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie 148 2 Viator, -oris (substantifmasculin,mais ici c’est undéterminant adjectivalmasculin auprès de homo ) = voyageur, courier. Comitator, -oris <du lat. c omes, forméde con- (avec, ensemble) + -e - (radical du verbe eo, ire "aller") + - s (désinencemasculine pour les substantifs masculins et féminins de III e déclinaison) = qui accompagne, qui va ensemble avec, compagnon. Fabu- lator, -oris (substantif masculin, mais ici c’est un déterminant adjectival masculin auprès de homo ) = conteur, fabriquant d’histoires, inventeur de narrations. 3 Mon compte ne sera pas très long , dit Simontault à propos de son histoire qui est la pre- mière du recueil. Les historiettes sont chronophages, vu que les devisants doivent tuer leur temps, lorsque les réparations du pont affecté par la crue des eaux se poursuivent. et homo fabulator 2 . Des explications complémentaires sur ces trois concepts se re- trouvent plus loin. Le but de notre article est d’appliquer la démarche chronotopique comme mé- thode dans l’étude des personnages du texte mentionné, de l’attitude et de la posi- tion de l’écrivaine vis-à-vis de ses personnages et / ou de la diégèse. Tout univers fictif se construit en fonction d’un axe temporel et d’un autre spatial, toujours fictifs, mais qui construisent l’illusion du réel. Notre hypothèse est que, pourmieux déchiff- rer le texte fictif, nous pouvons trouver une aide précieuse dans la démarche chro- notopique qui surprend la relation temps-espace et la valorise artistiquement dans la fiction. Selonnous, le chronotope serait une possible clé à estimer l’illusion du réel d’un texte ; non qu’il rende plausibles et possibles les évènements narrés, mais qu’il les inscrive dans l’horizon d’attente du public, connaisseur des us et coutumes de telle ou telle convention littéraire. L’illustration de la démarche chronotopique sur un texte de Marguerite de Navarre est, à ce que nous sachions, une première inter- prétative dans la critique. La bibliographie utilisée par nous à ce but contient quel- ques uns des ouvrages fondamentaux sur « l’aimablemère de la Renaissance » (l’an- tonomase employée premièrement par Jules Michelet) ainsi que sur le chronotope, qui nous ont servi pour les principaux renseignements d’histoire et de théorie lit- téraires. Avant d’entrer au détail de nos hypothèses, expliquons l’épigraphe choisie pour notre article. Les dix personnages qui se réfugient à l’Abbaye de Sarrance devant la crue du Gave de Pau (parmi lesquels Marguerite elle-même sous le nom de Parla- mente, sa mère, Louise de Savoie – Oisille -, son mari Henri d’Albret – Hircan –, Simontaut 3 , Longarine, Ennasuite, Nomerfide, Saffredant, Dagoucin, Géburon) passent leur temps à raconter des histoires qu’ils veulent être « véritables », brèves, sans artifices rhétoriques et, certes, intéressantes, puisqu’elles doivent être chrono- phages. Le Prologue général de l’ Heptaméron établit tous ces desiderata , y compris le fait que tout sera un jeu, un passe-temps qui présuppose un dialogue amical, d’égal à égal, sans hiérarchies. Nous avonsmis en gras les éléments que nous tenons à souligner. Pourquoi passe temps et jeu ? Puisque l’entreprise des personnages est : h Un passe-temps pour se délasser dans l’évasion et l’imaginaire (c’est pour cela que les personnages de l’ Heptaméron se réunissent tous les jours sur le pré). C’est un recul imposé par des circonstances fortuites, recul durant lequel les devisants scrutent lemonde dont ils viennent et qu’il faudra bientôt retrouver. h Une vie entre parenthèses pour eux, une boucle temporelle où s’estompent les contraintes de la hiérarchie.

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