AGAPES FRANCOPHONES 2013
Homo viator, homo comitator, homo fabulator ou sur le voyage chez Marguerite de Navarre 149 4 Marguerite de Navarre affirme dans ses écrits que l’amour de la créature conduit à l’amour du Créateur et que l’amour humain est une étape vers l’amour divin. 5 Antoine Le Maçon, receveur général des Finances en Bourgogne et trésorier des guerres à l’époque de Marguerite de Navarre. 6 Au XVI e siècle les eaux de Cauterets passaient pour être plus favorables en deux saisons : enmai-juin et en septembre. Les uns boivent de l’eau, les autres prennent des bains, quelques- uns de bains de boue. Tous accomplissent un rituel de plus de trois semaines. 7 L’apogée de la ville de Nérac se situe au XVI e siècle, lorsque les seigneurs d’Albret, qui s’y étaient installés vers le XI e siècle, deviennent rois de Navarre suite au mariage de Jean III d’Albret avec Catherine de Foix en 1484. Peu après, leur fils Henri II d’Albret épouse en 1527, en première noce, Marguerite d’Angoulême, sœur du rois mécène François I er . Elle attire à Nérac des humanistes et des écrivains (Lefèvre d’Etaples, Clément Marot, Jean Calvin). Nous donnons dans la première partie quelques jalons paralittéraires, servant à la situation du texte renaissant en discussion ; la deuxième partie analysera le chrono- tope synthèse dans l’Heptaméron et se prononcera sur trois fonctions du chronotope dans le texte deMarguerite de Navarre ; la troisième et l’ultime partie de notre étude regardera les personnages de l’ Heptaméron selon la grille annoncée dans les limi- naires. 1. Quelques jalons paralittéraires Nous insistons justement sur les éléments paralittéraires qui servent à illustrer l’é- mergence et la structure du chronotope dans un texte de la Renaissance, parce qu’ils dévoilent les coulisses d’un chef-d’œuvre renaissant : l’Heptaméron : 1542 - 49. 1.1. Creuset où se fondent la culture italienne deMarguerite deNavarre, ses idées évangéliques et ses conceptions philosophiques platoniciennes 4 , ce recueil de nou- velles a une source littéraire avouée, le Décaméron. Marguerite de Navarre connaît de la Cour d’Angoulême le beau manuscrit de Boccace que ses parents avaient fait calligraphier par l’écrivain Michel et enrichir de miniatures par l’enlumineur Te- stard. En 1531 Antoine Le Maçon 5 reçoit de la Reine de Navarre la tâche de lui faire une traduction de l’ensemble du Décaméron ; cette traduction, parue en 1545 avec une dédicace à la Reine, la protectrice du traducteur, était connue par Marguerite avant la publication (Febvre, 237–249). 1.2. L’itinéraire des dix personnages est une trajectoire vérifiée dans le sens que le voyage aux eaux de Cauterets 6 – l’abbaye de Saint-Savin (dans le pays de Sarrance) – le monastère Notre Dame de Sarrance –, est un épisode des souvenirs personnels deMarguerite. Hircan et Parlamente, Saffredent et Nomerfide, Ennasuite et Simon- taut, Géburon, Longarine, Dagoucin et Mme Oisille ont fait un voyage de force de Cauterets dans le pays de Sarrance. Ils se sont refugiés à l’abbaye de Saint Sarrance où ils ont organisé une caravane afin d’arriver à Notre-Dame de Sarrance. C’est un itinéraire vérifié en 1541, puis en 1546, temporellement et topographiquement, par Marguerite elle-même, lors de plusieurs séjours aux bains de Cauterets notamment aux mois de septembre. Ce sont des autobiographèmes insérés dans le texte, leur rôle étant de créer ainsi l’illusion du réel, sublimée dans le chronotope exogène du texte dont nous parlerons plus loin. 1.3. Un troisième jalon paralittéraire des coulisses de ce chef-d’œuvre est le goût pour la conversation et pour les contes, exprimé dans les séances d’un cercle litté- raire ; la compagnie de Sarrance reflète l’expérience de l’auteure. Les Cours de Nérac 7 et de Pau – les résidences royales de Marguerite de Navarre – sont devenues
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