AGAPES FRANCOPHONES 2013

Ramona MALIŢA Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie 150 8 La lignée des idées calvinistes part de Marguerite, continue par sa fille, Jeanne d’Albret, qui, en 1548, épouse Antoine de Bourbon et se convertit au protestantisme. Cette lignée con- tinue par le fils de Jeanne, Henri deNavarre. En 1572, Jeanne d’Albret et Catherine deMédicis, respectivement reine de Navarre (protestante) et reine de France (catholique) consentent au mariage de leurs enfants : Henri de Navarre et Marguerite de Valois (Reine Margot). Décédée peu avant, Jeanne n’assiste pas à ces « noces de sang ». Il est possible que Catherine ait ordon- né lemassacre des chefs protestants le jour de la Saint Barthélémy – le 24 août 1572–profitant de leur venue à Paris, mais cette hypothèse est sujette à controverse. Après ce funeste évène- ment, elle retient son gendre au Louvre jusqu’en 1576. le havre de paix de maints esprits inquiétés par la Sorbonne : Lefèvre d’Etaples, Clément Marot, Jean Calvin 8 , à des implications politiques et idéologiques dont les effets en France seront mesurables à la longue. Nous considérons ces Cours comme un cercle littéraire itinérant des trois premières décennies du siècle de la Renais- sance, où la Reine de Navarre réunit autour d’elle des esprits iconoclastes de son époque. Les « conférences » de Nérac sont transposées à Notre-Dame de Sarrance, devenuun cercle coutumier dans une perspective idéale. Les dix devisants racontent tous les jours chacun une historiette et les autres la commentent et la discutent. Chacun devient – à tour de rôle – un homo fabulator , après avoir été un homo viator . 2. Le chronotope synthèse dans l’Heptaméron Du point de vue de la structure, l’ Heptaméron comprend trois éléments distincts : a) le prologue ou l’histoire cadre, b) les exempla , histoires proprement dites, emboi- tées dans l’histoire cadre et c) les dialogues qui les relient (et qui dépassent cette fonction, exprimant aussi les intentions de l’auteur et de la portée de sonœuvre). Du point de vue de la logique des évènements narrés, ces débats entrepris par les per- sonnages font partie de l’histoire cadre. Si le chronotope prend le temps et l’espace pour une structure symétrique et axiale dans la diégèse c’est que ce rapport interroge et détermine, à la fois, le fil nar- ratif du récit et le devenir des personnages. Dans d’autres termes, le chronotope se- rait l’osmose entre le concret (l’espace bien fixé) et l’abstrait (le temps humainmesu- rable). La coalition de ces deux catégories, valorisées esthétiquement dans le texte, prises normalement pour inconcevables ensemble, renvoie au rapport illusion du réel vs. vraisemblance. Le chronotope synthèse qui gouverne l’Heptaméron se compose des deux couches qui doivent être déchiffrées en deux sens fondamentaux, apparemment op- posés, mais en fait complémentaires : le chronotope de l’histoire cadre, que nous appelons exogène et le chronotope des anecdotes cadrées, appelé par nous endo- gène. Autrement dit, le beaumariage entre la géographie et la temporalité des évène- ments à narrer est lié au chronotope du récit, nommé encore exogène (ce serait le Prologue de l’ Heptaméron) . L’intention, les moyens, les résultats tiennent au deve- nir psychologique du personnage et s’empreignent de la couleur locale, de la société parcourue, de l’époque dont le protagoniste est actant, du mentalème et de l’ethno- style dont le héros est le représentant. Ce serait le chronotope endogène illustré ici, dans ce texte, par les anecdotes cadrées.

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