AGAPES FRANCOPHONES 2013

Homo viator, homo comitator, homo fabulator ou sur le voyage chez Marguerite de Navarre 151 2.1. Le temps-espace extérieur ou le chronotope exogène (l’histoire cadre ou le prologue) Nous considérons le chronotope comme un décodeur du texte, mais qu’est-ce qu’il décode ? D’un côté c’est le cadre spatio-temporel extérieur qui marque les axes du fil narratif du récit, cela veut dire quand, où, pourquoi, avec qui et pour combien de temps telle ou telle action se déroule. Expliquons : si le chronotope est le construc- tum culturel de la diégèse c’est qu’il regroupe le temps-espace social et /ou culturel aux agents « objectifs » (fictifs toujours, bien évidemment), influençant l’évolution ou l’involution du personnage. Ces deux pilons aident à la construction du chrono- tope exogène du récit. La multitude d’identités (le réseau inter-personnages), à sa- voir le contexte interhumain où le protagoniste est mis par son créateur, aide à la construction du chronotope endogène. Ces deux formulés qui nous appartiennent convergent à la terminologie récente à l’égard du chronotope synthèse formé des chronotopes « majeurs » et « mineurs » (Holm 2011, 116), mais pour ce qui est de nous, nous considérons avec une certaine méfiance les vocables «mineur » et «ma- jeur », susceptibles d’interprétations erronées, situées aux extrêmes. Le fait est que le chronotope comporte des débouchés narratologiques (avec tous les avantages qui en découlent) dont les irradiations aident à un regard pressé (la première lecture) de plonger dans des régions scripturales à luminosité diffuse (le niveaude profusion d’un texte). Donc le temps-espace exogène dévoile et fortifie dans le texte pris en analyse au moins trois aspects qui, à une première lecture fugitive, échappent : a) l’illusion du réel dans le recueil : le lecteur doit se figurer la contemporanéité de la Reine de Navarre ; b) le temps-espace cyclique (tous les jours, pendant un cycle ima- giné de dix jours, les devisants se réunissent comme dans un cénacle littéraire – la réitération fictive de la Cour de Nérac oùMarguerite de Navarre tenait une véritable académie des humanistes et y assistait à des conférences encyclopédiques– tenir des conversations sur un beau pré le long du gave, dans l’herbe fraiche et tendre ; c) l’image de soi : ce sont lesmultiplications ou les « déguisements » du personnage de Marguerite, par exemple, reflétés dans le texte comme dans un miroir (devant le groupe dont fait partie Parlamente aussi – Parlamente est Marguerite même – Gé- buron raconte une histoire où Marguerite de Navarre est l’un des personnages). 2.2. Le temps-espace intérieur ou le chronotope endogène (les anecdotes cadrées) À l’intérieur du chronotope exogène se situe les chronotopes endogènes, illustrés dans ce texte par des historiettes cadrées, des vrais extraits des archives du siècle de la Renaissance ou des radiographies narrées de l’époque de François I er . Pour mieux s’orienter dans un texte vaste, composés de maints chronotopes endogènes, nous avons adopté les formulés T 0 et S 0 pour désigner l’époque du règne de Marguerite de Navarre et la Cour de Nérac, respectivement T n et S n pour d’autres temps et d’autres espaces qui sont évoqués le long des soixante-douze nouvelles. Par voie de conséquence, dans l’ Heptaméron le chronotope endogène se compose du : h chronotope de l’immédiateté et de la Cour de Nérac : les historiettes dont l’action se déroule autour du moment T o et dans l’espace S 0 . h (des) chronotopes des époques révolues et de la Cour de Flandres, de la ville de Tours, Grenoble, Paris, du port de Coulon, etc. : les historiettes dont l’ac- tion se déroulent dans les moments T n et dans les espaces S n .

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