AGAPES FRANCOPHONES 2013

Ramona MALIŢA Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie 152 Nous n’avons pas nommé ici, vu les limites rédactionnelles imposées à cet article, tous les espaces, ni tous les épisodes des soixante-douze nouvelles, une telle sta- tistique complète n’a point de débouchés narratifs qui puissent capter l’intérêt du lecteur. Mais ce chronotope endogène présente l’occasion à insérer des références autobiographiques–nommés plus haut autobiographèmes – concernant la sublima- tion de troisième degré de l’auteure, comme nous allons voir dans la troisième partie de l’étude. 3. Des fonctions du chronotope chez Marguerite de Navarre Après avoir analysé les types de chronotope et leurs illustrations dans le texte, pas- sons aux fonctions du chronotope. Le chronotope est un jaugeur et un jugeur du texte. Qu’est-ce qu’il en jauge ? La vraisemblance. Qu’est-ce qu’il en juge ? Il ne juge rien lui – même pour lui-même, mais il dévoile les jugements de valeur de Margue- rite de Navarre par rapport à son texte, à ses personnages, à la diégèse. Nous trou- vons que dans le texte de Marguerite de Navarre le chronotope remplit trois fonc- tions : a) la fonction narrative ; b) la fonction axiologique et c) la fonction auctoriale. 3.1. La fonctionnarrative . L’enjeu de la chronologie et de la topographie fiction- nelles consiste à décrypter des structures organisatrices des principaux évènements du recueil. C’est au chronotope exogène que revient la tâche d’offrir un terrain sub- stantiel à la présentation en historiettes-images des évènements, des sentiments, des attitudes, des défauts humains, de la morale, de l’ethnostyle, des mentalèmes, etc. de la Renaissance de la première moitié du siècle. Les découpages narratifs, les ja- lons épisodiques de l’anecdote, les séquences rythmiques imprègnent à l’histoire cadre tantôt un dynamisme évident –une lecture en haleine –, tantôt un clivage des- criptif – une lecture au ralenti –, vers un dénouement plus ou moins explicité de la ou des action(s). Bref, l’action peut être divisée, pour l’intelligence du recueil, en sé- quences narratives grâce à la relation conventionnelle temps-espace, établie par le pacte fictionnel. N’oublions pas non plus que le « Prologue » qui donne l’histoire cadre est partageable lui aussi en séquences, tout comme, à leur tour, les soixante- douze anecdotes formant les journées, sont analysables selondes paramètres spatio- temporels bien délimités dont les anaphores sont vérifiables d’une journée à l’autre. Ici nous pourrionsmettre en discussion l’hypothèse de Pierre Jourda (1930, 58–69) selon laquelle l’ Heptaméron devait contenir plus que les soixante-douze nouvelles qu’on a, mais que l’œuvre est resté inachevée, l’écrivaine étant morte en 1549. 3.2. La fonction axiologique (porteur des valeurs). Le cachet moral et religieux, la « radiographie » philosophique, idéologique et éthique de la société fictive décrite dans le recueil (le monde du Moyen Âge et de la Renaissance) soutiennent et ex- pliquent à la fois la fonction axiologique. Le chronotope est un porteur, un passeur et un transmetteur du réel, il véhicule donc vers le littéraire les canons de valeurs : les échantillons axiologiques d’envergure de l’évolution historique trouvent leurs illustrations (et défense ?) dans l’écriture, devenue, par ce charge, le document cul- turel d’une époque, la fresque d’un siècle, d’une communauté, d’un ethnostyle, etc. Les diverses facettes de l’homme de la Renaissance sont mis sur l’échiquier scrip- tural : c’est le modèle culturel de l’homme humaniste, pas forcément noble, ses traits, ses contraintes, ses libertés, ses découvertes, son train-train quotidien.

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