AGAPES FRANCOPHONES 2013

Ramona MALIŢA Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie 154 11 Marguerite de Navarre, Heptaméron , introduction, notes, glossaire, chronologie et biblio- graphie par Simone de Reyff, GF Flammarion, 1982, p.317–318. Désormais désigné à l’aide du sigle H, suivi du numéro de la page. C’est nous qui soulignons. 12 Il y a d’autres techiques narratives qui modalisent le discours, repérables surtout dans le roman moderne: le pseudo hic et nunc , l’écriture contrapuntique, le fragmentarisme, l’anti- thèse architecturale, l’architecture cyclique, etc. 13 LucienLefèvre (243–247) donne une clé des anagrammes des noms des personnages : Par- lamente ou le porte-parole de la troupe est Marguerite elle-même. Hircan < Hanric < Henri (forme béarnaise) c’est Henri d’Albret. Longarine <Longray. C’est AiméeMotier de la Fayette, mariée à François de Silly, seigneur de Longray. Simontault < Simontour < Montauris. C’est bien pourquoi elle le disait , répondit en colère : « Une femme de bien ne doit jamais juger une autre de ce qu’elle ne voudrait faire ». 11 Le déictique « Pour cela » renvoie à toute l’historiette, tandis que « pourquoi elle le disait » c’est une liaison anaphorique qui renvoie à la vie conjugale de Marguerite et d’Henri d’Albret, repérables, dans le texte, sous les noms de Parlamente etHircan. h desmoyensnarratifs : les histoires emboîtées, des techniques narratives diffé- rentes 12 : in media res , le hic et nunc ou l’ironie comme dans le texte suivant, faisant partie de la quatrième nouvelle de la première journée : Il y avait au pays de Flandre une dame de si bonne maison qu’il n’en était point de meilleure, veuve de son premier et second mari, desquels n’avait eu nuls enfants vivants. Durant sa viduité, se retira avec un sien frère dont elle était fort aimée, lequel était fort grand seigneur et mari d’une fille de Roi. Ce jeune prince était homme fort sujet à son plaisir, aimant chasse, passe-temps et dames, comme la jeunesse le requérait. Et avait une femme fort fâ- cheuse, à laquelle les passe-temps du mari ne plaisaient point ; parquoi le seigneur menait toujours avec sa femme sa sœur, qui était la plus joyeuse et meilleure compagnie qu’il était possible, toutefois sage et femme de bien. (H, 66) Ce sontMarguerite, son frère, François I er , et sa belle-sœur qui sont peints ici et nous en dégageons l’ironie de laReine de Navarre à l’égard de la femme de son frère. Nous observons également à ce point que le portrait de Marguerite se construit selon la gradation que la métabole impose. h desmoyens topographiques et chronologiques vérifiables. Ce sont les repères de la géographie fictive ayant des rapports à celle réelle, promise par le pacte fictionnel : les eaux de Cauterets, les monastères Notre Dame de Sarrance, Saint Savin, Saint-Jean de Castelle, le pays de Sarrance ; les vals de Lutur, Gaube, Marcadou. Ce sont en égale mesure, les dimensions temporelles de l’époque envisagée (les premières trois décennies du XVI e siècle) dont le chronotope emporte les valeurs morales, religieuses, idéologiques, éthiques, philosophiques, en un mot, axiologiques. L’œil habitué du lecteur avisé n’est pas dupe lorsqu’il rencontre, à travers sa lecture que les lieux et les époques dont l’auteure fait question dans le texte, sont inventés, fictifs donc, même s’il y a des rapports vérifiables, toponymiquement et historiquement parlant, avec la réalité. Lucien Febvre (1995, 239) dans sa belle étude sur Marguerite de Navarre consi- dère que l’illusion du réel dans l’ Heptaméron est façonnée par trois types de procé- dés : topographique (références aux lieux réels), biographique (insertions des dé- coupages de la vie réelle de la Reine de Navarre et des membres de sa Cour 13 ) et

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