AGAPES FRANCOPHONES 2013
Homo viator, homo comitator, homo fabulator ou sur le voyage chez Marguerite de Navarre 155 François de Bourdeilles, seigneur de Montauris. Ennasuite < Enne de la suite. C’est Anne de Vivonne, dame du corps de Marguerite. Nomerfide < Nomarcfide < Fiedmarcon. C’est Fran- çoise de Fiedmarcon. Saffredent < Montpesat Ferrand. C’est Jean de Montpezat. Geburon < Gebur + on < Yebur < Burye. C’est Monseigneur de Burye. Dagoucin < Nic Dangu. C’est Ni- colas Dagoucin. 14 Nous proposons ce syntagme selon les modèles « Le Passeur d’ombres », « Le Passeur d’âmes », « Le Passeur des enfers », des antonomases désignant C(h)aron, le nocher des enfers, dans les poèmes de Victor Hugo – Année terrible - et de Régnier – le poème Rêve d’un passant : Et Flaccus s’écriait (...) Par Bacchus, sur le poids Des héros, des grandeurs, de la gloire et des rois, Je questionnerai Caron, le passeur d’ombres ! (Hugo, Année terrible , 1872). Et l’Étoile luira sur la barque du Passeur d’âmes . (Régnier, Rêve d’un passant , 1885) anecdotique (ajouts des petits faits vrais qui ce sont passés durant son règne). Nous avons observé que le réputé spécialiste a bien situé la composante topographique du texte, mais qu’il a fait glisser des bribes de la composante temporelle dans les volets biographique et anecdotique. Par rapport à cet abord, nous avons ressenti le besoin d’accorder une place bien distincte à la chronologie et c’est pour cela que nous avons appliqué à ce texte une démarche chronotopique. 4. Homo viator, homo comitator et homo fabulator Comment faire passer un voyage ou une expérience itinérante dans le littéraire ? Marguerite de Navarre dans L’Heptaméron le fait par les passeurs de mots 14 qui, comme dans un ouvroir, éliment, d’une manière fictive, les notes de voyage, réelles ou imagées (peu importe ici). Auteur(s) et / oupersonnage(s) érigé(s) en auteur con- struisent un aréopage comme une plateforme de dialogue entre les voyageurs. À l’aide de ces trois syntagmes du sous-titre nous avons nommé les traits de chaque personnage participant aux « conférences » du Gave de Pau. Les dix remplissent, tour à tour, ces attributs. 4.1. Le Homo viator est le voyageur par excellence, l’individu qui transgresse et se transpose dans des lieux hors du commun pour s’enrichir, pour avoir contact avec les autres, pour observer chez ses semblables des modalités curieuses de concevoir la vie et ses ressorts. Pour homo viator un voyage – avec son imprévisibilité - peut avoir des répercussions toujours acceptées par leur apport d’expérience et par leur exercice formatif. Il rompt lamonotonie du train-train quotidien et se lance vers l’in- connu dont il mesure les avantages par les effets produits sur sa vie après le voyage. Le chemin faisant, le homo viator prépare déjà le prochain voyage, tant sa curiosité est outre mesure. Le Homo viator fait un exercice d’admiration. Du Prologue de l’ Heptaméron nous apprenons que les dix personnages voyagent habituellement, ils pratiquent les cures d’eaux minérales et qu’ils sont des clients fidèles de ces bains thermales dont ils trouvent les meilleurs effets curatifs au mois de septembre. Le retour à des valeurs « antiques » au cours de la Renaissance favorise le retour aux bains et aux thermes. Les multiples visites de Marguerite de Navarre et de sa Cour donnent à Cauterets une renommée qui sera reprise dans le XIX e siècle. Le dé- placement de la Cour de Nérac (située dans le Lot-et-Garonne) vers Cauterets (situé dans lesHautes-Pyrénées, tout près de la frontière espagnole) est pleinde difficultés, vu le relief de la zone et la longueur du chemin (plus de deux cents kilomètres), donc il n’est pas du tout à l’aise de voyager dans les conditions routières de cette époque-
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