AGAPES FRANCOPHONES 2013

Ramona MALIŢA Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie 156 15 Ou passeur de lettres, car les personnages sont des « éclaireurs » qui ont passé eux-mêmes ou qui, par leurs histoires racontées, ont fait passer (clandestinement ?) aux autres également la frontière sociale des us et coutumes. Ils ont franchi la zone (interdite ?) du partage intellec- tuel et des discussions doxologiques, quels que soient les partenaires : roturiers ouaristocrates. là. Mais pourtant Parlamente, Hircan et Mme Oisille – les personnages initiateurs de ce voyage en groupe – le font et, en outre, à maintes reprises. Par cela nous pouvons leur attribuer cette qualité de homo viator . 4.2. Le Homo comitator (voir la note indiquant l’étymon de ce terme) est le voyageur qui accompagne, qui est à côté de ses camarades de chemin. Si le homo viator établit l’itinéraire et les haltes, le homo comitator crée l’atmosphère du groupe lors du voyage, puisqu’il sait se mettre en secondaire et, par cela, se rendre plus utile au voyage, sinon indispensable. Il est le principal conseiller du maître de l’expédition, le faiseur des propositions, des suggestions et des commentaires durant le voyage. Le homo comitator fait un exercice de compagnie. Si Parlamente, Hircan et Mme Oisille sont les majors de l’aventure, Ennasuite, Dagucin, Saffredent, Gé- buron, Nomerfide, Longarine et Simontaut suivent et complètent la gaie troupe. La même structure est gardée lors des discussions sur le pré : Parlamente et Mme Oisille sont les chefs d’orchestre, secondées de près parHircan, tandis que les autres commentent, débattent, acceptent, rejettent, se situent pro ou contre par rapport aux dire des trois premiers. Mais tous respectent les règles du jeu, bien qu’ils ne fassent pas partie du même échiquier hiérarchique. 4.3. Le Homo fabulator est le créateur par définition, le faiseur de conte, de texte, le narrateur, le manipulateur de paroles, le passeur de mots, le menteur fas- cinant, le porteur de l’acte artistique, le « fabriquant » de rêveries, etc. Quelle que soit l’étiquette appliquée à cet homme d’exception, le courage et lamotivation de son entreprise le situent dans la catégorie des élus. Le homo fabulator se place toujours dans un rapport d’incertitude vis-à-vis de la vraisemblance et du degré de prévisi- bilité de l’affabulation qu’il crée. Sachant et déterminant toujours la liaison tempo- relle et causale des évènements, des personnages ou des groupes de personnages, il grade la scansion des temps narratifs et la succession des lieux d’action et il dévoile –demanière plus oumois explicite – la position dunarrateur (ce narrateur peut être lui-même ou bien un autre) à l’égard de la réalité représentée (Markiewicz, 98). Le Homo fabulator fait un exercice de création. De ce point de vue, tous les person- nages de l’ Heptaméron ont acquis, par cet exercice, l’attribut susmentionné. Si l’art de raconter est un jeu ( homo ludens pratiquant la culture en tant que jeu) où « nous sommes tous égaux » (H, 45), Mme Oisille est, parmi les dix, un joueur qui fait des « passes » de récits 15 . Elle sait soigneusement bien, avant d’avoir reçu le tour, quels sont les partenaires auxquels elle pourra le renvoyer et ce partenaire relancera l’atmosphère dans le même registre ou bien dans un autre, selon le cas : Simontaut aime dire des historiettes à thèse, Parlamente des anecdotes sur les femmes vertu- euses, Hircan sur les ruses des femmes, Longarine exploite les sujets des maris co- cus, Ennasuite et Dagoucin donnent des narrations à petites doses d’humour, etc. En général le homo fabulator de ce recueil aime aborder le thème de l’amour comme thème fondamental. Par-delà la crudité du ton, la grossièreté même, se dessine la physionomie de cette passion qui peut être sérieuse, grave sinon tragique. La vivacité

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