AGAPES FRANCOPHONES 2013
Veronica NTOUMOS Université Paris-Sorbonne/Université libre de Bruxelles NRS 162 2 L’expression est utilisée par Paul Ricœur pour préciser de quelle façon la fiction imite l’his- toire : « Le récit de fiction est quasi historique dans la mesure où les événements irréels qu’il rapporte sont des faits passés pour la voix narrative qui s’adresse au lecteur ; c’est ainsi qu’ils ressemblent à des événements passés et que la fiction ressemble à l’histoire. » Temps et récit, 3. Le temps raconté , p. 345. ce que l’‘on a successivement désigné comme la modernité , puis la mondialisation ou l’occidentalisation des modes de vie. Le passé historique devient alors l’objet d’une exploration, qu’il s’agisse de se ré- approprier les traits d’une identité qui semble se décomposer aujourd’hui ou d’étab- lir l’archéologie du présent. Les références au passé sont omniprésentes dans Mé- tisse blanche . La mise en scène du passé et de l’histoire repose sur des procédés très divers qu’il nous faut analyser : quels passés la fiction produit-elle? Quels sont les points de vue de l’histoire vietnamienne mis en scène ? Quels sont les modes de représentation de l’histoire ? Kim Lefèvre s’attache à défendre une perspective interne sur le passé. Métisse blanche dramatise ainsi le rapport au passé. Figures de l’histoire Aborder la question de la mise en scène de l’histoire dans la fiction suppose une compréhension large de ce qui vaut pour de l’histoire et en figure le contenu. C’est à tout ce qui se présente comme du passé qu’il faut s’attacher, car la fiction ne cesse de jouer sur les ambiguïtés de son régime référentiel, entre monde imaginaire et ré- férences vécues comme réelles par une communauté historique. Avant d’examiner le régime référentiel de la fiction et la façon dont elle joue avec l’historicité, il con- vient de décrire les figures du passé qu’elle produit et construit : seule leur descrip- tion méthodique nous permettra d’approcher le statut et les enjeux propres à la mention de références historiques , selon l’expression de Paul Ricœur (Ricœur 1983, 233). Chaque figure du passé importe dans la mesure où elle participe toujours à la refiguration de notre conception du réel, de la façon dont l’action humaine s’inscrit dans le temps et dans l’espace, c’est-à-dire de l’histoire. Suivant les propos de M. Bakhtine, l’inscription du personnage dans le temps constitue un critère majeur de différenciation générique des récits de fiction. Toute une gamme de représentations du passé peut être mise en évidence : fi- gurations d’ordre strictement fictionnel, références quasi-historiques 2 (Ricœur 1983, 345) qui s’appuient sur un ensemble de représentations socio-historiques partagées par une communauté donnée ou encore figures symboliques dont la nature abstraite éloigne la représentation du passé des enjeux du réalisme romanesque pour en faire le lieu d’interrogations philosophiques, au sens où elles questionnent notre ethos, notre manière d’être au monde. Dans Métisse blanche , l’histoire joue un rôle fondamental, le destin des person- nages étant déterminé à la fois par leur passé individuel et par les circonstances socio-historiques dans lesquelles ils semeuvent ; là oùdans d’autres genres narratifs le personnage n’est pas affecté par des rapports sociaux et politiques mouvants. Ce roman entretient donc des relations étroites et complexes avec l’histoire : il s’en nourrit, tout en ne pouvant revendiquer le même régime référentiel de vérité scientifique que le discours historiographique. Kim Lefèvre retrace les grandes
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