AGAPES FRANCOPHONES 2013

Voyage temporel en terre asiatique francophone : Regards croisés entre littérature et histoire 163 étapes de l’histoire contemporaine du Vietnam ainsi lorsqu’elle évoque la fin du ré- gime français au Vietnam et ses répercussions sur l’enseignement vietnamien : Dans les lycées, les facultés, l’enseignement se dispensait dans la langue du pays. Dans les sections de langues étrangères, on avait le souci de remplacer peu à peu les coopérants français par des Vietnamiens ayant obtenu leur diplôme à la Sor- bonne ou à la faculté de Montpellier. D’autres signes disaient également que le Vietnamétait désormais rendu aux Vietnamiens. On instaura un certificat d’his- toire du Vietnam. (Lefèvre 2008, 318) Ce passage fait référence à l’insertion de la colonie française dans l’enseignement et à samainmise dans l’instructiondesVietnamiens entraînant ainsi l’apparition d’une bourgeoisie nationale. Ce phénomène est important et Kim Lefèvre nous montre bien qui se fait sur le fond de développement de l’instruction publique, de l’éduca- tion. En effet, en Indochine, contrairement à d’autres colonies françaises telle l’Algé- rie, il y a un développement important de l’école. C’est dans ce cadre que cette bour- geoisie nationale va donner naissance à un parti national vietnamien dont l’objectif est de secouer la tutelle française et d’instaurer un gouvernement républicain par des réformes scolaires comme l’introduction d’un certificat d’histoire vietnamienne. Ce nouveau certificat vient souligner la volonté de former des citoyens vietnamiens ayant un passé non occultés, mais un passé qui fonde leur identité. Il s’agit pour l’auteur de transmettre à travers la fiction des éléments historiques. Où se trouve donc la limite entre fiction et histoire ? Si pour Aristote (Aristote 1990) la fonction de la poésie est d’évoquer le possible et le général alors que l’his- toire s’occupe du réel et du particulier, IanWatt (Watt 1982, 11–46) associe étroite- ment la naissance du roman au réalisme formel – soit au souci de proposer une re- présentation crédible ou fidèle d’un contexte socio-historique particulier. Alors que la littérature classique s’articule autour d’archétypes universels et intemporels – les passions humaines par exemple –, le roman de KimLefèvre fait irruption sur le ter- rain de l’histoire et se consacre à la peinture d’individus dont l’existence est détermi- née par des paramètres sociologiques et historiques. Ainsi, Métisse blanche trouve son originalité, comme l’amontré Gérard Gengembre dans « le fait que la particula- rité des personnages dérive de la spécificité historique de leur temps. »(Gengembre 2006 ,23) la narratrice décrit ainsi les étapes historiques et les changements du Vietnam : On vivait dans la crainte du Viêt-Minh comme on craignait jadis les tigres de la forêt. En dehors de ma famille et de quelques rares autres qui venaient des vil- lages du Nord et avaient vu les combattants de l’Armée populaire personne ne semblait penser que les Viêt-Minh étaient nos compatriotes. Ces gens ignorants englobaient dans la même peur le colon français et le combattant vietna- mien. (TO 99) LapopulationduSudVietnamest en totale confusion et pointe un ennemi sans distin- guer les Français du Viet- Minh. L’auteur souligne la désinformation de la population baignée dans l’ignorance : elle est victime et non actrice de son histoire. Ligue révo- lutionnaire pour l’indépendance du Vietnam créée en 1941, le Viet-Minh constitue de larges fronts de luttes contre l’occupant. Dans le récit, il est amalgamé aux colons français par les petites gens. Or l’objectif premier de cette ligue est l’indépendance. La représentation romanesque présente est donc tout autant historique que sociale.

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