AGAPES FRANCOPHONES 2013
Maria de Fátima OUTEIRINHO Université de Porto, Portugal, Institut de Littérature Comparée Margarida Losa 170 2 V. les propos critiques de LéonoraMiano sur la désignationmême de Littérature africaine et les voies de dépassement d’une littérature coincé dans des sentiers battus dans Habiter la frontière (2012). 3 Dans un entretienparu dans AfropeanSoul et autres nouvelles , LéonoraMianoelle-même l’explicite : « Je suis un auteur d’expression française, mais de culture africaine et afro-améri- caine (…). J’écris dans l’écho de toutes les cultures qui me composent. » (Miano apud Destaing 2008, 94). Nous croyonsmême pouvoir affirmer que, dans l’écriture deLéonoraMiano, il n’est pas question d’un rapport à la culture française ou d’une « appartenance à une multi-culture française » (Spear 2002, 17), mais qu’il s’agit plutôt de circuler dans un cadre plus élargi, en- raciné dans une expériencemulticulturelle. Qui plus est, LéonoraMianopréfère la désignation de littérature afrodiasporique (Miano 2012, 73). 4 Dans unentretienen2010, Bonono soulignait lemanque de visibilité de l’éditioncamerou- naise : « Des auteures camerounaises résidentes au Cameroun bossent aussi, mais elles ont le malheur d’être invisibles. Les œuvres ne sont pas diffusées, distribuées… Des graves pro- blèmes d’édition. C’est la galère pour nous! » (Bonono 2010) à l’orée du 21 e siècle ». Ce bilan s’achevait sur la référence à une nouvelle génération d’écrivaines « ayant trouvé leurs marques au Canada, aux Etats-Unis, en France ou ailleurs, [apportant] un renouvellement d’une "littératuremonde" qui se nourrit tout autant de la culture du pays d’accueil que de celle du pays d’origine des auteures. » (Volet). LéonoraMiano et Angeline Solange Bonono, deux écrivaines aux origines came- rounaises, s’inscrivent tant bien que mal sous ces étiquettes 2 de « nouvelle généra- tion liée à la Migritude » et nouvelle génération d’écrivaines « qui se nourrit tout autant de la culture du pays d’accueil que de celle du pays d’origine » et, en ce qui concerne tout particulièrement l’écriture de LéonoraMiano, d’une culture afro-amé- ricaine 3 . Née au Cameroun mais vivant en France, Léonora Miano publie depuis 2005, toujours dans le marché d’édition français. Elle est auteure de presque une dizaine de titres, pour la plupart des romans mais aussi, tout récemment, de textes pour le théâtre. Auteure d’une suite africaine comprenant L’intérieur de la nuit , Contours du jour qui vient et Les aubes écarlates , elle publie également des récits situés en Europe : Tels des astres éteints , Afropean Soul et autres nouvelles , Blues pour Élise , Ces âmes chagrines . Ses personnages se présentant souvent à condition et con- science diasporiques, et situés dans un espace de multi-appartenance, cette condi- tion lui permettra l’exploration de questions qui traversent des identités transfronta- lières, à voyage et déplacements identitaires non-négligeables. Angeline Solange Bonono, écrivaine camerounaise qui vit aujourd’hui en région parisienne, commence à publier en 2002 à Yaoundé, auCameroun, avec Soif d’azur , un recueil de poèmes. Jusqu’à la publication de Marie-France l’orpailleuse , ce sera en espace d’édition camerounais que deux autres romans et un texte dramatique paraîtront : Bouillons de Vie , Le journal intime d’une épouse et Déesse Phalloga 4 . Aussi son écriture, et tout particulièrement dans Marie-France l’orpailleuse , se penche-t-elle sur une situation et condition diasporiques bouleversantes, occasion, en outre, de dénonciation de fragilités sociales. Les ouvrages de Miano et Bonono, donnent à voir des «(…) écrivains [qui] tentent de créer des œuvres où le dialogue des imaginaires se situe entre la réalité et la fiction, à l’intersection de l’authenticité culturelle et de l’ouverture. » (Lajri 2009, 56), permettant la visibilité de questions sociales, ayant partie liée avec des expériencesmigratoires. En partant d’une approche comparatiste afin de penser les
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