AGAPES FRANCOPHONES 2013
Mouvances diasporiques chez Léonora Miano et Angeline Solange Bonono : le voyage extérieur et le voyage intérieur 171 5 V. (Miano 2012, 56). 6 Dans une étude sur quelques romans de Miano situés en Afrique, nous affirmions : « Si le politique (le multipartisme et la démocratisation) et le social, pour ce qui est des maux qui af- fectent les " populations subsahariennes" (…) – corruption, détournements des fonds publics, injustice, chômage des jeunes diplômés, tribalisme, se croisent dans les différents ouvrages de LéonoraMiano, il s’agit surtout d’unespace-temps où circulent des figures humaines, aux con- ditions de vie difficiles, permettant de souligner la question de l’humain, la question de l’être au monde. » (Outeirinho 2011, 99) mouvances issues d’un déplacement, il s’agira de réfléchir, d’une part, sur les enjeux soulevés par une expérience et condition diasporiques et chez LéonoraMiano et chez Angeline Solange Bonono, et, d’autre part, de penser des déclinaisons du voyage à signe apparemment dystopique, aux prises avec la déterritorialisation et le question- nement identitaire dont une France noire subit les enjeux. Mouvances diasporiques chez Léonora Miano L’ouvrage de LéonoraMiano étale tout un projet esthétique bien raisonné révélateur d’un desseinmajeur : mener à bout une réflexion qui se veut agissante dans le temps présent. Son projet retrouve et met en exergue une fonction sociale et éthique de la littérature et rend compte du retour du politique 5 en littérature dont Dominique Viart, en 2006, signalait la présence chez quelques auteurs français. Nous oserions parler d’une nouvelle forme d’engagement littéraire chezMiano, même si l’écrivaine refuse toute sorte d´étiquette : Je ne pense pas être un auteur identitaire. Je ne sais pas ce que c’est exactement: je ne me pose pas ce genre de question, on dit que je suis un auteur féministe, un auteur engagé, à mon sens je suis surtout un auteur qui travaille sur des que- stions qui m’intéressent et que je souhaite partager avec les autres. (Miano apud Nicot 2008) De fait, si la plupart de ses romans se déroulent bel et bien en Afrique ou dans l’He- xagone et sont habités par des personnages féminins à visibilité non négligeable, Léonora Miano veut dépasser des étiquettes telles qu’écrivain africaine, féminine, voire féministe et noire. A Miano d’observer : « Par la force des choses, je suppose que j’appartiens à une génération d’écrivains africains, mais ce n’est pas en ces termes que je pense à moi. Je suis un écrivain, et si je travaille à partir de ce que je suis (africaine donc, à l’origine), il me semble surtout parler d’humanité dans mes romans. » (Miano apud Destaing 2008a, 5) Et dans un entretien conduit par Jérôme Destaing, elle souligne, « (…) j’écris pour comprendre ce que c’est d’être humain. » (Miano 2008a, 92) 6 . Cet engagement ne signifiant pas alors choisir un camp, ni même être attentif à des enjeux sociaux, mais surtout rendre visible l’humanité par le biais de plusieurs parcours humains individuels dont on fait le récit. Consciemment Léonora Miano considère la littéra- ture comme un mode de connaissance de la condition humaine (Miano 2012, 41) et en tire parti. Le signe de ce dessein actionnel, on le repère dans la publication récente d’un recueil de conférences – des métatextes – faites en France et à l’étranger et qui ont été objet de publication sous un titre qui déjà en dit long : Habiter la frontière (2012). Ce même dessein, on le repérait déjà dans le contexte de parution d’ Afro- pean soul et autres nouvelles ce qui n’était donc pas une coïncidence. Interrogée sur
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=