AGAPES FRANCOPHONES 2013
Fatos RAMA Université de Lorraine, France 190 1 Voir la liste en annexe. 2 Prosper Mérimée s’est penché aussi sur la question, dans son article «De l’origine des Al- banais », publié dans la Revue contemporaine du 31 décembre 1854. 3 Il faut souligner qu’à cette thèse adhérent une majorité des voyageurs français comme : Leon Lamouche, Eduard Schneider, Guillaume Lejean, Albert Dumont et tant d’autres. Ces voyageurs 1 , vrais chroniqueurs du XIX e siècle, nous ont laissé par écrit les images de l’Albanie, la description des différentes villes albanaises, de leur vie quo- tidienne, leurs architectures, leurs traditions, l’économie et le commerce qui s’y dé- veloppaient, les relations humaines entre les personnes de croyances différentes; en deux mots le parfait portrait de la réalité albanaise de l’époque. Ainsi cet article va tenter de reconstituer l’itinéraire des voyageurs, d’analyser et de critiquer les faits et les données qu’ils communiquaient, de vérifier leurs décla- rations et leurs dires, de confronter leurs témoignages et impressions à ceux d’autres voyageurs, de manière à mieux comprendre l’image qu’ils véhiculaient de l’Albanie de l’époque. Les origines et la langue Les voyageurs français, traitaient à travers leurs témoignages, des problèmes géo- graphiques, linguistiques, historiques et littéraires relatifs à l’Albanie et à ses habi- tants. Leurs récits décrivent longuement la situation du pays, son caractère et ses ri- chesses naturelles, ils portent également sur les origines des Albanais, leur appari- tion et leur évolution ultérieure. L’origine du peuple Albanais et de sa langue furent l’objet d’études scientifiques de la plupart des voyageurs français 2 . Dû à un manque évident de donnés sur ce peuple, ces érudits français se trouvèrent devant plusieurs dilemmes: Les Albanais sont-ils un peuple autochtone ou sont-ils venus d’ailleurs? Qui sont leurs ancêtres ? Ces questions sont longuement débattues dans leurs écrits qui s’appliquent à donner à leurs argumentations une base solide, à partir de connaissances historiques et lin- guistiques déjà publiées ou recueillies, sur place, par eux-mêmes. En effet, ces voya- geurs reprenaient les opinions avancées avant eux par Johann Thunman, Martin Leake ou Xilinder qui considéraient les Albanais comme un peuple autochtone, in- stallé dans le pays depuis des temps immémoriaux. L’argument sur lequel reposait cette opinion était que l’histoire ne connaissait aucune migration antérieure à celle des Grecs et des Slaves qui ont eu lieu assez tard. On en arrivait à voir les Albanais comme les descendants de l’ancienne population méditerranéenne- les Pélasges. Contrairement à Pouqueville, qui soutient la thèse que les Albanais sont venus de l’Asie (1824, 306–311), pour grand nombre de voyageurs français cette thèse pélasgique parait plausible. Ami Boué, géologue et ethnologue d’origine française, fut l’un des premiers qui affirma que les albanais sont les descendants des illy- riens 3 (1840, 14). Selon lui « le Schkipe [l’albanais] pouvait avoir pour base le lan- gage de l’ancienne Illyrie et être une langue indo-européenne » (15). Il distingue trois dialectes : celui desGuègues(Nord), celui des Tosques(Sud) et celui de l’Albanie centrale.
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