AGAPES FRANCOPHONES 2013

L’Albanie selon les voyageurs français du XIX e siècle 191 4 Robert Cyprien ( Les Slaves de Turquie. Serbes, Monténégrins, Bosniaques, Albanais et Bulgares, Paris, L. Plassard, 1844) et Jean-Marie Chopin ( Provinces danubiennes et rou- maines, Paris, Firmin Didot, 1856.) D’autres voyageurs 4 avaient des difficultés à souscrire à la thèse que l’albanais moderne provenait du pélasge ancien, de même que le grec à l’étape moderne pro- venait de la langue d’Homère. Les réserves qu’ils exprimaient étaient d’ordre histo- rico-linguistique. Ils partaient du fait que l’albanais était une langue isolée en Eu- rope, comme l’était par exemple le basque. Mais le basque, comme le soutient Jean- Marie Chopin, était dans le pays depuis toujours, ce qui était prouvé par la topony- mie, les noms des villages, des vallées et des montagnes. En Albanie, les choses se présentaient différemment. Les noms des lieux étaient d’origine slave, ce qui prou- verait que les Slaves auraient été remplacés par la population actuelle. (1856, 146) Apres une analyse pertinente sur les illyriens, Guillaume Lejean, ethnographe répu- té, conteste cette thèse, dans son livre Ethnographie de la Turquie d’Europe (1861) et arrive à la conclusion que lesmembres de cette communauté sont les descendants des illyriens : Ce grand peuple, conquis moralement par la civilisation grecque, puis maté- riellement par les Romains, subit dans sa langue l’infiltration de ces deux élé- ments dans une proportion énorme. Au septièm e siècle les Slaves arrivant par le nord et la vallée de la Narenta refoulèrent au midi les Illyriens que les Byzantins ne connaissaient plus que sous le nom d’Arvaniti (AQßuvixol), corruption du mot « Albani » que portait déjà une de leurs tribus au temps de Ptolémée. Les occidentaux ont gardé ce nomd’Albanais pour les désigner; du nombyzantin les Turcs ont fait « Arnaut », tandis que leur nom national est «Skipetars», qui a à peu près le sens de montagnards. (15–16) HyacintheHecquard, consul français à Scutari (1853–1859), dans son livre Histoire et description de la Haute-Albanie (1863), tente aussi d’argumenter sur l’origine de la race albanaise : « Si les Albanais étaient arrivés en Europe à une époque récente, on connaîtrait leurs migrations; mais l’histoire ne nous en apprend rien. On doit naturellement en conclure qu’ils étaient en Albanie depuis les époques les plus re- culées »(9). Durant six ans, de 1893 à 1889, Alexandre Degrand était le consul français à Scutari. Pendant ces années, lors de ses voyages dans le Nord albanais, il notait des événements, des faits, des conversations et histoires étonnantes, qu’il publia plus tard, dans son livre Souvenirs de la Haute-Albanie (1901). Ce livre très documenté, est accompagné d’une série extraordinaire de photographies qui présentent les port- raits, les paysages, l’environnement et l’architecture albanaise. Dès le début du livre il pose une question essentielle « les albanais sont-ils réellement de Pélasges, de cette race qu’Homère qualifie de divine, des Pélasges restés jusqu’à nous jours sans mélange, ayant conservé intactes leur langue et leurs coutumes ? »(1) Pour soutenir la thèse pélasgique il effectua des recherches archéologiques sur le terrain. Dans le Nord le baron Degrand a visité les vestiges d’une vieille civilisa- tion, des églises romaines et médiévales ; il a visité également Danja, Drishti (l’an- cien Drivasto), le vieux et fameux pont vénitien de Mesi, sur la rivière du Kir (Scutari). AKoman, dans un très grandnombre de vieilles sépultures illyriennes, il rassembla une série d’objets qu’il offrira plus tard au Musée des antiquités nationales de Saint-

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