AGAPES FRANCOPHONES 2013

L’Albanie selon les voyageurs français du XIX e siècle 195 Il ne faut pas s’étonner quand la plupart des voyageurs décrivent l’hospitalité alba- naise dans une pauvreté sans limites. Dans le Kanun , l’hospitalité est – comme elle l’était dans l’Antiquité – un principe sacré. L’article 602 duCoutumier en témoigne : « La maison de l’Albanais est la maison de Dieu et de l’hôte ». L’hôte voit sa sécurité entièrement garantie par celui qui le reçoit, fût-il même le meurtrier du fils de son hôte. Tout conflit qui pèse sur les épaules de l’hôte concerne celui qui l’héberge. Amie Boué, qu’au cours de ses voyages, notait aussi les mentalités et les tempé- raments des Albanais du nord et du sud, s’arrête sur cette généreuse hospitalité: « Partout j’ai croisé des gens serviables et humains. Quand un chef de famille squi- petare me vit recroquevillé sous un arbre, trempé par la pluie, aussitôt vint m’ai- der. » (1840, 533). Il admire aussi les coutumes albanaises : « la coutume impose aux albanais d’accueillir, héberger et protéger les voyageurs s’ils sont attaqués par quelqu’un.»(521) La religion des Albanais fut l’objet de curiosité de la part de grand nombre de vo- yageurs. La tolérance religieuse et l’harmonie entre les trois religions (musulmane, orthodoxe et catholique), intriguait beaucoup ces érudits. Très vite ils vont se rendre compte que chez les Albanais la religion n’a pas de profondes racines. Pour Leon Hugonnet « Les albanais n’ont aucun fanatisme religieux, parce que ni le catho- liques, ni musulmans ne connaissent leur religion. »(1886, 245) Certains voyageurs, comeVictor Bérard, historien et géographe, vont vite déchan- ter quand ils découvrent de quelle façon étaient suivis et respectés les pratiques re- ligieuses : La religion de ces Albanais est toute en façade. Ils ont un couvent de très saints derviches où, tous les vendredis, ils se grisent de danses et de hurlements, et beau- coup de buvettes où chaque jour le raki et les alcools allemands leur procurent une ivresse moins religieuse. Ils n’oublient aucune des ablutions et purifications de la loi; mais nos conserves de porc ne leur inspirent aucune répugnance : ils les ont baptisées une fois pour toutes « mouton d’Algérie » (1897, 16). Cette indifférence se voyait nettement dans leur vie familiale. Les mariages entre les Albanais de différentes religions, comme affirment ces voyageurs, étaient une chose courante. Ils insistent surtout sur cette sorte de syncrétisme qui caractérise le senti- ment de religion chez eux, cette sorte de mélange de rites païens, chrétiens et isla- miques. Cela due, très certainement, au prosélytisme des Albanais qui était le résultat de la pression politique, idéologique et économique de la part de l’Empire Ottoman. Le mauvais œil, les fées, les magiciennes, les dragons, les arbres à pierre, les marches funèbres, la nourriture à côté des tombes, tout cela était unUnivers à la fois dur et exotique, vu que la plupart de ces rites avait cessé d’exister depuis la nuit des temps. VictorBérard, en visitant le cimetière orthodoxe d’Elbasan, écrivait dans son livre La Turquie et l’hellénisme contemporain (1897 ) , écrivait : Le pourtour de l’église est pavé de dalles funéraires. Au côté droit de la tête, près de l’oreille du mort, toutes ont un soupirail « par ou les hirondelles viendront m’annoncer le printemps et les rossignols m’apprendre le beau mai ». Sur les tombes nouvelles, les parents ont servi les offrandes consacrées : une corbeille de pains, une assiette de petits poissons et un plat mêlé d’amandes, de raisins, de riz bouilli et de blé. (45)

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