AGAPES FRANCOPHONES 2013
Trond Kruke SALBERG Université d’Oslo, Norvège 202 7 Voir les exemples nombreux que donne Hugo Andresen (26–27). 8 Nous pouvons donc aussi nous dispenser de parler de Sebre = Ebre < HIBERV ( M ), à la fin du vers 2758 dans la laisse CXCVIII qui a une assonance féminine en é [e:], voir déjà Eduard Boehmer (602). Le résultat normal en ancien français serait * Eveir . L’essentiel est cependant que ce vers ne représente aucune difficulté sérieuse : on peut conclure que dans la langue de l’auteur de la Vie de saint Alexis , é et ié sont deux assonances différentes et que le dernier vers de la strophe CXVIII ne constitue pas vraiment une exception. Il faut maintenant se pencher sur le manuscrit d’Oxford de la Chanson de Ro- land (dans ce qui suit je vais parler simplement du «ms. O»). Peut-on trouver là des solutions aussi convaincantes pour les difficultés du type qui nous intéresse ? Pour répondre à cette question, il convient de commencer par préciser qu’il y a un certain nombre d’exceptions aux règles générales que j’ai données. D’abord le mot deus < DEV ( S ), deu < DEV ( M ). On attendrait * dié(s) , mais le mot assonance en effet partout avec é , non pas avec ié , par exemple dans la laisse IX de notre chanson. La laisse commence ainsi : Blancandrins ad tut premereins parle E dist al rei : « Salvet seiez de Deu... (122–23) – Puis le nom Maheu < MATTHAEV ( M ) qu’on trouve une fois dans le texte. Dans la laisse V, l’assonance est en é , mais il est dit que le roi Marsilie appelle, entre autres, « E Machiner e sun uncle, Maheu » (vers 66). S Rambeau (124) suppose que le traitement atypique de ces mots est dû à la fréquence des formes latines dans le langage de l’église. L’éditeur Ian Short (25 et 88) ajoute avec raison qu’on écrit sou- vent simplement Dé dans les anciens textes 7 . – Et enfin le nom Omer qui assonance avec é au vers 2616. Rambeau (voir 137–38) affirme qu’on devait avoir assonance avec ei si le mot venait du latin HOMERVS (car il s’agit là d’un e long, donc d’un é étroit libre en latin vulgaire) et que le nom devait assonancer avec è si le mot venait directement du grec ~ Οµηρος ; Rambeau fait la comparaison avec προφήτης > pro- fete(s) et affirme que ce mot assonance avec è . Il ajoute aussi que Jupiter assonance avec è au vers 1392 de notre chanson, sans qu’on comprenne très bien l’importance de cette information ici. Si le η était traité comme un è ouvert, on attendrait en fait * Omier en français. Rambeau semble penser que le vers 2616 – qui ne correspond à rien dans les autres manuscrits et versions – n’est tout simplement pas authen- tique. Short, comme tous les autres éditeurs que j’ai consultés, garde le vers tel quel. Mais il affirme que son assonance n’est qu’« approximative » (89). S Tout ce débat me semble cependant un peu vain. Il arrive, certes, qu’un nom propre en ancien français corresponde d’une manière régulière à son étymon latin, on peut citer par exemple TIBERI ( M ) > Teivre . Mais le plus souvent, la forme en ancien français est toute autre que ce qui serait le résultat d’une évolution linguistique normale. Rien n’est moins régulier que le maintien presque tel quel du nominatif IVPPITER comme Jupiter . Si CATONE ( M ) avait euune évolutionnormale, le résultat serait * Cheon .Mais il est inutile de multiplier les exemples ; si on en veut, on peut consulter par exemple l’Index des noms propre de l’ Eneas , l’excellent roman du milieu du XII e siècle qui donne une version française de l’ Énéide . Dans le domaine des noms propres, c’est l’irrégularité qui est la règle 8 , il serait faux de voir ici une assonance problématique.
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