AGAPES FRANCOPHONES 2013
Prolégomènes pour une édition de l’Istoire d’Ogier le redouté (B.N. f.fr . 1583). VII : L’assonance problématique ié / é dans les la Chanson de Roland et ailleurs 203 9 Sur les deux premiers de ces noms, on peut lire aussi ce que dit Boehmer (603–4). Sa théorie est que devant la demi-consonne u , e ouvert tonique libre du latin vulgaire ne se serait pas diphtongué,mais aurait donnéun sonqui assonance avec é . Notons undernier nompropre problématique : Eugiez termine le vers 3243qui fait partiede la laisse CCXXXIII. Bédier (1938, 501) l’inclut curieusement dans une liste de vers où on a é à la fin d’un vers dans une laisse avec assonance en ié ou vice-versa – la laisse CCXXXIII a en effet une assonance en è . On peut d’ailleurs sans doute donner raison à Cesare Segre (2001, 459n2) qui dit que l’exemple est sans intérêt parce qu’il s’agit d’un nom inconnu et déformé. Theodor Müller, dans son édition de 1878, écrit Euglez ; la correction est assez arbitraire, mais Edmund Stengel, Segre et Short l’acceptent. Il est vrai qu’on imagine mal une correction plus minime que le remplacement de ι par l . On peut ajouter à ces remarques unmot problématique qu’on a tôt associé (voir Loesch- horn, 27) à Deu : c’est le substantif qui devient fief en français moderne. Dans le ms. O, le mot assonance avec ié (vers 472 et 2680), mais aussi avec la diphtongue ue , normalement écrit oe dans lems. O (vers 315). À propos du vers 315, j’approuve la conjecture aloeds , aloez ; dans son article, Boehmer (605n*) critique l’hypothèse fantaisiste de son édition (voir Paris, 107) ; cf. aussi Müller (1878, 23). Pour ce qui concerne le problème qui nous intéresse ici, il suffit cepen- dant de constater que l’assonance des deux autres vers est sans doute régulière. Il y a évidem- ment d’autres cas qui sont irréguliers d’une manière ou d’une autre, on attendrait SEDE ( M ) > * seit , mais au vers 478 on a en effet siet d’après la forme verbale SEDET (Boehmer, 604). 10 Un lecteur sans beaucoup d’expérience de l’ancien français serait peut-être surpris de voir que regnét , qu’on trouve souvent en assonance avec é [e:] (vers 694, 697, 1029, 2623, 2787 et 2864), n’est pas cité par Bédier. Mais le fait est que le [ … ] de la prononciationmoderne est sans doute dû à l’influence de l’orthographe, on n’a jamais eu * regnié , voir Boehmer (603), Ram- beau (132–33), Wendelin Foerster (1878, 167). Il vaut peut-être aussi la peine de préciser, avant de commencer la liste de Bédier, qu’il y a des mots où on a une forme en ié et une forme en é qui sont toutes les deux courantes, c’est le cas par exemple pour ir(i)é ; dans le ms. O on trouve lemot seulement en assonance avec ié (vers 1558, 2164 et 2414),mais dans d’autres ver- sions du Roland , on le trouve en assonance ou en rime à la fois avec ié et avec é , par exemple dans le ms. V7 (vers 513, 520, 735, 3171, 4294, 4310, 4510, 4919, 7437, 7873 versus vers 398, 1153 1362, 1473, 2322, 7721) et dans le ms. C (vers 502, 509, 721, 4184, 4200, 4397, 4806, 7254, 7680 versus vers 388, 1124, 2370). (Il est plus surprenant de voir une rime avec è au vers 5405 du ms. V7 = vers 5288 du ms. C ; il faut sans doute corriger en engrès .) Il y a un certain nombre de mots de ce type : aidi(i)er , empir(i)er , pit(i)é etc., voir Boehmer (603 et 604). On peut lire à ce propos surtout Andresen (28–31) ; aussi Foerster (1880, 54–55). Le dictionnaire de Tobler, Lommatzsch et alii indique généralement ces doublets. Je vais donc écarter de ma présentation les mots Deu(s) , Maheu et Omer 9 . Pour ce qui concerne les autres cas problématiques, je vais suivre le raisonnement que donne Bédier dans ses Commentaires à la Chanson de Roland . Ici, comme à propos des autres assonances problématiques, le but de Bédier est demontrer que les leçons du ms. O sont bonnes et qu’il est inutile de rien changer, mais mon but à moi, c’est de montrer que les tentatives de corriger les leçons douteuses sont justifiées et né- cessaires. Cette étude va donc avoir le même caractère que les travaux que j’ai déjà publiés sur les assonances de la Chanson de Roland et des autres chansons de geste. C’est qu’on peut noter d’abord, c’est queBédier semble généralement plus raison- nable maintenant que quand il parle des autres assonances – sans doute parce qu’il sait que sa position ici n’est pas si éloignée de celle des autres érudits qui ont étudié la question. C’est ce qu’on voit dans le premier vers qu’il examine 10 . La laisse XXXIII a une assonance en é , mais il y a une exception, on lit : Se cest’ acorde ne vulez otrier (vers 433). Bédier ajoute que le ms. V4 soutient cette leçon, on y lit : Se vu tut quel no vori otrïer (vers 347). Or, Hans Loeschhorn (26) et Gaston Paris (109) ont dès 1873 proposé de corriger le vers d’après le mss. V7 et C en chan-
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