AGAPES FRANCOPHONES 2013
Prolégomènes pour une édition de l’Istoire d’Ogier le redouté (B.N. f.fr . 1583). VII : L’assonance problématique ié / é dans les la Chanson de Roland et ailleurs 205 15 Voir vers 1460–61 et 3321–22. 16 « ob es das Ursprüngliche ist, muss dahin gestellt bleiben. » (Müller 1878, 369 ; notre tra- duction) 17 Müller (1878, 369) cite Raoul de Cambrai , vers 4862–63; onpeut ajouter Benoît deSainte- Maure, le Roman de Troie , vers 595 et Aliscans , vers 7041. 18 Renaut de Montauban , vers 1127 ; le Héraut Chandos, le Prince Noir , éd. Francisque Mi- chel, vers 3380 = éd. Pope et Lodge, vers 3356 ; Otinel , vers 1247.Il est à noter que enforcïe est simplement une variante dialectale de enforciée , voir Pope, §513. 19 Boehmer (607) défend chevaler ; il pense qu’on avait chevaler à côté de chevalier (comme on avait iré à côté de irié etc., voir la note 10 ci-dessus) ; Foerster pense lui aussi qu’il s’agit d’« une formation en S aris qui existait à côté de celle en S arius . » (1878, 169 ; notre traduction) Mais dans ce cas, il devrait y avoir des * chevalers aussi dans des textes qui n’ont pas des traits (anglo-)normands. 20 Le ms. C a Meus est qe muire qe vos soiez dampnez (vers 523) ; le ms. V7 a Mielz est qe moire que vos fuissiez dampnez (vers 536). Léon Gautier a adopté cette version, mais il faut sans doute la rejeter : non seulement parce qu’elle « est d’une rare platitude » (Paris, 99), mais surtout parce qu’elle est une particularité de la version que représentent ces deux manuscrits (Rambeau, 126). 21 Notre chanson parle elle-même De bachelers que Carles cleimet enfanz (vers 3197). Mais dans ce cas il est en effet vrai qu’il s’agit probablement des jeunes guerriers de l’armée. mots bataille et tel ailleurs dans le ms. O 15 . Il me semble cependant que quand cor- rection y a, mieux vaut choisir une solution qui prenne en considération tous les fac- teurs. Loeschhorn (26) remarque la mauvaise assonance sans proposer de solution. Eduard Boehmer (603) propose de remplacer le verbe joster par jugier . Je pense cependant qu’il faut donner raison à TheodorMüller qui affirme que jugiée n’est pas satisfaisant sémantiquement. Müller propose donc ne fut si fort e fiere , tout en ad- mettant que c’est une question ouverte si cette leçon était aussi celle de l’original 16 . Edmund Stengel préfère ne fut si enforciée . S On voit que les deux conjectures s’in- spirent du ms. P. Il n’est pas douteux, comme le montrent d’autres anciens textes français, qu’une bataille peut être fiere 17 ou enforciée 18 . Les deux conjectures sont bonnes, il n’est guère possible de dire laquelle est la meilleure. Passons au cinquième des vers dont parle Bédier. La laisse XXVII a une asso- nance en é , mais on lit aussi : Mielz est que sul moerge que tant bon cheval[i]er (vers 359) 19 . Le premier hémistiche de ce vers est hypermétrique, mais c’est un pro- blème qu’on peut laisser de côté ici, c’est le second hémistiche qui nous intéresse. L’assonance problématique est confirmée par lems. V4 : Meio chemora sol cha tanti bon çivaler (vers 276). Mais Loeschhorn (25–26) et Gaston Paris (99) ont proposé dès 1873 de corriger en remplaçant chevalier par bacheler , ce qui me semble une bonne solution 20 . Il est vrai qu’elle n’est soutenue par aucun des manuscrits en langue romane, mais il y a deux choses qui parlent pour elle. D’abord l’aspect de ce qu’on pourrait appeler la psychologie militaire qui fait qu’on a tendance, dans des situations pathétiques, à concevoir les subordonnés nonpas simplement comme des hommes, mais comme des « garçons » et même des « enfants » 21 . Je vais me con- tenter ici d’un seul exemple moderne : À la bataille de Minden, le corps des grenadiers de France, que commandoit M. de Saint Pern, étoit exposé au feu d’une batterie qui en emportait des files en- tières. Celui-ci, qui tâchoit de leur faire prendre patience, se promenoit devant la ligne au petit pas de son cheval, sa tabatière à la main. Et bien, mes enfants ,
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