AGAPES FRANCOPHONES 2013

Prolégomènes pour une édition de l’Istoire d’Ogier le redouté (B.N. f.fr . 1583). VII : L’assonance problématique ié / é dans les la Chanson de Roland et ailleurs 207 29 De sun osberc les dous pans li desaffret (vers 3426). Le participe passé du verbe safrer est utilisé plusieurs fois (vers 1032, 1372, 1453, 3141 et 3307). 30 Et ses osberc rompuz et desmailiez (vers 3671). 31 Et sis auberc rompuz et desmaillé (vers 3774). 32 E son auber desrot et desmailliez (vers 1357). 33 « Dieses immerhin, wie es scheint, etwas ungewöhnliche Wort wurde in v. 2158 von den Schreibern [...] durch das sehr gewöhnliche desmailet [...] ersetzt » (Rambeau, 21). 34 Ms. O, vers 2079 ; ms. V4, vers 2222 ; ms. V7, vers 3576 ; ms. C, vers 3478 ; ms. L, vers 1258. 35 Voir à ce propos par exemple Maurice Delbouille (327–30), qui résume bien la question. 36 Rappelons que l’importance particulière de ce manuscrit réside aussi dans le fait que les mss. O et V4 sont les seuls en langue romane à être encore assonancés, les autres sont rimés. 37 La différence entre les deux philologues sur ce point est sans doute due au fait que Bédier s’attaque à ce que Segre (2001, 462) appelle gli editori lachmanniani (« les éditeurs lachman- niens »), tandis que Segre veut montrer que les choix de Bédier, pour ce qui concerne les cas qui nous intéressent ici, sont le plus souvent justifiés même si on accepte les principes dont on attribue traditionnellement l’origine àKarl Lachmann. Pour cequi concerne l’attitudedeSegre à ce propos, voir aussi la note 39 ci-dessous. dessafrez (vers 1751). Une consultation dudictionnaire de ToblerLommatzsch et alii montre que le choix du ms. T est clairement plus plausible que celui du fragment b, on peut corriger en E sun osberc rumput et dessafrez . Le premier éditeur à adopter cette correction fut Léon Gautier ; elle est défendue par Rambeau (20–21 et 130). Il fait remarquer que le verbe dessafrer est employé exactement de cette manière ail- leurs dans le ms. O 29 et que le vers 2158 de ce manuscrit est identique au vers 2079 où desmail[i]ét est employé correctement dans une laisse avec assonance en ié . Bé- dier ne mentionne pas les arguments de Rambeau, mais il proteste énergiquement contre la correction : « Faudrait-il donc admettre que O, V4, C 30 V7 31 et L 32 procéde- raient d’un seul et même manuscrit perdu, déjà fautif ? Ce serait une hypothèse con- traire à tous les faits observés soit par les partisans de notre opinion sur le classe- ment des versions, soit par ses adversaires. » (1927, 286) – Or le fait est que l’hypo- thèse de Rambeau est différente : il suppose que plusieurs scribes ont pu faire la même erreur, celle de remplacer le mot relativement peu fréquent dessafrer par le très fréquent desmaillier 33 – un verbe que les scribes ont déjà utilisé dans un con- texte tout pareil 34 . En pratique, je pense qu’il faut supposer que certains scribes ont écrit desmaillié parce que c’était la leçon de leur Vorlage , tandis que d’autres ont in- troduit le mot eux-mêmes. Quant à l’appel que fait Bédier au stemma supposé desmanuscrits et versions de la Chanson de Roland , je dois commencer par dire que c’est un sujet que je n’ai pas le temps d’aborder ici et que je n’ai pas examiné. Précisons simplement que Bédier pense que le stemma est « bifide », qu’il n’a que deux branches et que le ms. O est le seul représentant de la première. Il a donc à lui tout seul (au moins) autant d’au- torité que tous les autres manuscrits ensemble et la concordance entre le ms. O et un des autres manuscrits prouve qu’il s’agit de la leçon de ce qu’on appelle l’arché- type 35 . Bédier est suivi sur ce point par Sègre, entre autres. Ce dernier est en un sens encore plus radical que son devancier : il juge inutile la « stratégie rhétorique » de Bédier et affirme que l’accord du ms. O avec le ms. V4 36 suffit pour garantir les le- çons en question (2001, 460 et 462–63) 37 . Je pense cependant qu’il faut regarder avec un certain scepticisme les tentatives de reconstruire la filiation d’une tradition narrative comme celle que nous exami- nons. La théorie générale de la critique des textes veut qu’il faut classer ensemble les

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