AGAPES FRANCOPHONES 2013

Trond Kruke SALBERG Université d’Oslo, Norvège 208 38 Voir Sebastiani Timpanaro (65, 89n1 et 101) et cf. Delbouille (330). 39 Pour ce qui concerne ce point essentiel, il vaut la peine de noter que l’attitude de Bédier a le mérite d’être tout à fait claire : il parle du poète . Voici ce que dit Segre : « Je maintiens le terme, mais en signalant qu’il est lié à la position de base de Bédier sur le problème des ori- gines, et pour cette raison je le mets entre guillemets. Il faudrait dire “l’auteur [ l’autore ] du texte de la Chanson de Roland transcrit dans l’Archétype”. » (2001, 460n3 ; notre traduction) Or cela ne me semble pas entièrement clair. Qu’entend Segre par autore ? Le poète est celui qui a fait le Urtext – il faut le distinguer du scribe qui a fait l’ archétype , c.-à-d. le manuscrit perdu dont tous les manuscrits conservés descendent (voir Timpanaro, 48–50 et passim ). Le plus raisonnable est sans doute de supposer que autore signifie simplement « celui qui a fait », c.-à-d. un scribe plutôt que le poète. 40 Tobler, Lommatzsch et alii (IV, 991, 7–9) citent un exemple qui montre qu’on peut fauser un hausberc : là veiscies ces lances en ces escus ficier, et ces obers fauser et ces cercles trencier (Lambert le Tort et Alexandre de Bernay, le Roman d’Alexandre , BnF, fr. 786, éd. Michelant, p. 158, vers 19–20 ; le passage manque dans les manuscrits sur lesquels est basée l’éd. Arm- strong et alii ). textes qui ont les mêmes erreurs communes 38 , mais dans les anciens textes litté- raires français il ne s’agit le plus souvent pas d’erreurs, mais de variantes qui ont un sens – des variantes qui sont le résultat des changements répétés. Il faut aussi prendre en compte la possibilité de ce qu’on appelle « contamination », c.-à-d. le fait qu’un copiste n’a pas nécessairement un seul modèle à sa disposition. Parfois il a accès à plusieurs manuscrits, et il y a d’autres situations possibles. On peut, par exemple, imaginer que le scribe choisit de copier une chanson de geste précisément parce qu’il l’a déjà entendue chanter ou réciter et qu’il retient quelque chose de ce qu’il a entendu et qui diffère quelque peu de ce qu’il lit dans le manuscrit qu’il a de- vant lui. Short (46–47) met en doute le principe même que le point de départ de la tradition qui nous intéresse soit une seule version écrite. Il n’est donc pas surprenant de voir que cet éditeur – à l’encontre de Bédier et de Segre S corrige les vers 433, 2163 et 275 de la manière qu’on a vue, c.-à d. en changeant l’ordre des mots. Mais on a du mal à comprendre pourquoi Short n’admet pas la correction très simple et très plausible de chevalier en bacheler aux vers 359 et 2861. Bédier et Segre sont au moins conséquents. Mais revenons au vers 2158 : est-il justifiée de corriger desmail[i]ét en dessafrét ? Je pense qu’il faut admettre que laméthode conventionnelle de la critique des textes ne justifie guère cette correction. Il serait en effet difficile de soutenir que la leçon d’un archétype se soit maintenue dans le seul ms. T et que partout ailleurs on voie la même erreur. Si on reste dans la logique du stemma, il est en effet plus simple de supposer que l’archétype avait déjà desmaillié . Mais il faut, comme on sait, distin- guer entre archétype et original. Il est facile d’ironiser sur la notion d’ Urtext , mais si on ne veut pas tout simplement abandonner la question que je me pose ici, il est nécessaire de la conserver 39 . Ma théorie est que desmaillié s’est substitué à un mot qui avait une assonance en é , cette théorie ne se fonde pas tant sur la leçon du ms. T que sur des considérations plus générales. – Cela dit, un examen des articles hau- berc et dessafrer dans le dictionnaire de Tobler, Lommatzsch et alii montre bien que la leçon que suggère le ms. T est en effet une solution très plausible. Mais on peut évidemment imaginer autre chose : E sun osberc unt rumput et falsét ou E sis osbercs fut rumpuz et falsez 40 . Après les sept cas où l’assonance irrégulière du ms. O est soutenue par le ms. V4, Bédier se tourne vers treize autres vers où le ms. O confond l’assonance en é avec

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