AGAPES FRANCOPHONES 2013

Trond Kruke SALBERG Université d’Oslo, Norvège 212 68 Ms. C, vers 811 ; ms. V7, vers 827. 69 Segre (2001, 465) dit que Delbouille rejette la leçon du ms. O aux vers 527–28 et qu’il défend « b » (= β), c.-à-d. le reste de la tradition, en pratique le ms. V4 : « Si on voulait suivre b aux vers 527–28, comme le propose Delbouille, on devrait aussi accepter ce mendïer du ms. V » – « Se si volesse seguire b a 527–528, come propone Delbouille, si dovrebbe anche accet- tare questo mendïer di V4 » (2001, 465 ; notre traduction). Mais ce n’est pas cela que dit Delbouille ; il critique la leçon du ms. O sans présenter des conjectures précises pour corriger. 70 On lit a la schina colpea (ms.V4, vers 1292) ; a la schine coupée (ms. C, vers 2328) ; a la scheine coupée (ms. V7, vers 2280) ; a l’eschinne copée (ms. P, vers 795). S Segre (1989, II, 174) affirme par erreur que la correction est « une suggestion de Foerster » ; Foerster (1877, XXXVIn*) suivit simplement ce qu’avait déjà proposé Boehmer (603). dit Rambeau (131), simplement remplacer une erreur par une autre : les formes in- téressantes du verbe mendïer assonancent toujours avec ié , non pas avec é . Gautier propose demeilleures corrections, il suit d’abord (jusqu’à sa troisième éditiond’avril 1872) les mss. C et V7 où le deuxième hémistiche est a vencuz et matez 68 . Puis en 1875 Gautier (dans sa quatrième édition) et Boehmer (dans son article, 604) pro- posent une conjecture : amendestiét menez . Je pense qu’il faut commencer par dire qu’il faut en toute probabilité rejeter la leçon des mss. C et V7 : elle est « faible », comme dit Paris (99) : « l’opposition à mendistéd fonctionne seulement avec riches . » (Segre, 1989, II, 79) La leçon des mss. O et V4 est préférable sémantique- ment. Je pense qu’il vaut la peine d’ajouter que la conjecture de Gautier est soutenue par le deuxième hémistiche d’un autre texte : le ms. V4 du Roland a conduit a men- diger , la chanson de geste le Charroi de Nîmes a mené a mendïer (vers 689) . Pour aller de cela au texte primitif supposé de la Chanson de Roland il suffit de changer l’ordre des mots, un procédé que nous connaissons déjà bien. Je pense qu’il faut écrire Tanz riches reis a mendïer menez , éventuellement Tanz riches reis a men- distiéd menez , comme le veut Gautier. Ma conclusion est que Delbouille (334n4) a probablement raison de supposer que les vers 527 et 528 sont un transfert de la laisse suivante – ils sont exactement identiques aux vers 542 et 543 69 . Il a déjà été question du caractère insolite d’une répétition de ce type. II. Le deuxième « cas difficile » évoqué par Bédier se trouve dans la laisse CVII. Elle a une assonance féminine en é , mais il y a une exception : E al cheval a l’eschine trench[i]ée (vers 1374). Loeschhorn (26) semble être le premier à noter l’assonance irrégulière ; il ajoute que la fin du vers est suspect aussi parce que le verbe trenchier est utilisé dans l’avant-dernier vers avant celui qui nous intéresse. Boehmer (603) affirme qu’il faut préférer la leçon des mss. V4, C, V7 et P et corriger le deuxième hé- mistiche en a l’eschine colpée 70 . Bédier proteste cependant contre l’emploi du verbe colper : L’auteur de la Chanson de Roland n’emploie jamais cemot. Ce n’est pas que l’oc- casion lui en ait manqué : il emploie des milliers de combattants à s’escrimer contre des milliers de têtes, de bras, d’échines, de hauberts, d’écus etc. : ils les trenchent , jamais ils ne les « coupent ». Quand un écrivain nous a déclaré aussi clairement qu’un certainmot n’entre pas dans son vocabulaire, y a-t-il pire coup de force que de le lui imposer ? (1927, 288)

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