AGAPES FRANCOPHONES 2013
Prolégomènes pour une édition de l’Istoire d’Ogier le redouté (B.N. f.fr . 1583). VII : L’assonance problématique ié / é dans les la Chanson de Roland et ailleurs 213 71 Segre (2001, 264–65) ne fait essentiellement que répéter le raisonnement de Bédier. Il ajoute cependant quelques références, là où Bédier se contente d’évoquer d’unemanière géné- rale la fréquence de trenchier dans des contextes semblables dans le ms. O. 72 Bédier ne mentionne pas Boehmer ; cet éditeur se contente de transformer butét en b å itiets . Mais « on n’a vu nulle part cette forme » (Paris, 106n3) ; * b å itier n’existe pas, la va- riante francienne est bo(u)ter , nullement * boitier . On voit avec plaisir que Boehmer aban- donne b å itiets dans son article (603), là il donne raison à Hofmann pour ce qui concerne la manière de corriger butét . Il n’accepte cependant pas la conjecture de Hofmann pour ce qui concerne le reste du vers. On ne voit donc pas clairement comment il l’interprète. 73 Dans sa deuxième édition (celle de 1863), Müller suit encore tout simplement le ms. O ; il adopte buchiet – simple variante du buciez de Hofmann (1866) – à partir de sa troisième édition (1878). Il me semble cependant possible et nécessaire de renverser cet argument 71 . L’écri- vain ou le poète peut fort bien, comme le dit Segre (2001, 461), avoir employé un mot une seule fois dans un texte de seulement 4002 vers. Un scribe, par contre, peut fort bien se tromper et remplacer un mot par un synonyme dans un texte où le sy- nonyme est beaucoup plus fréquent. Ajoutons à ceci que le substantif colp est fré- quent aussi dans le ms. O. III. Le cas suivant dont parle Bédier est tiré de la laisse CLXI. Cette laisse a une assonance en ié , mais on lit néanmoins : En ses granz plaies les pans li ad butét (vers 2173). On peut commencer, comme le fait Bédier, par citer la version des autres manuscrits : E denç ses plailles stroitament a lige (ms. V4, vers 2325) Dedenz l’en bote une alne en un quartier (ms. C, vers 3753) Dedenz en bote une alne et un quartier (ms. V7, vers 3857) Dedens ses plaies a fait les pans coucher (ms T, vers 1766) Après avoir donné ces variantes, Bédier continue par la phrase suivante : « Sur quoi Th[eodor] Müller a façonné ce vers : E ses granz plaies des pans li a buchiet » (1927, 289). Puis il énumère les solutions proposées par quelques autres éditeurs avant de conclure que « ce serait miracle si l’une d’elles se concordait avec le texte établi par le poète. » (1927, 289). Ici je voudrais commencer par dire que je suis d’accord avec le jugement de Bédier en ce qui concerne les autres conjectures qu’il cite 72 . Mais il n’en va pas de même pour la première, celle qu’il attribue à Müller (elle est en effet de Hofmann 73 ). On peut d’abord noter avec Rambeau (154) que les leçons des mss. C et V7montrent que l’original avait sans doute unmot qui ressemble à butét . Le fait est que le participe passé qui est bochié ou bouchié en ancien francien ressemble beaucoup plus à butét qu’on ne pourrait croire. – Regardons les éléments l’un après l’autre. D’abord la première voyelle, elle ne pose pas de difficulté : u chez un scribe normand ou anglo-normand correspond à o(u) en francien ; c’est un fait bien connu dont le ms. O offre d’innombrables exemples. Hofmann peut donc sans problème mettre buchiét pour bochié . Puis la dernière syllabe - chié : l’essentiel ici est le fait que ca ne se palatalise pas de la même manière dans les dialectes septentrionaux qu’ailleurs : on a Carle pour Charle , canter pour chanter . En syllabe tonique ouverte le résultat est kié ou cié : CADIT (> chiet en francien) devient kiet ou ciet dans le
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