AGAPES FRANCOPHONES 2013

Trond Kruke SALBERG Université d’Oslo, Norvège 214 74 Voir les exemples qu’énumère Charles Théodore Gossen (§41, 2 o ). 75 On pourrait se demander pourquoi on n’a pas plutôt * BVCCATAS > buchiées , comme on pourrait se demander pourquoi le ms. O n’a pas butez . Mais le fait est que l’accord avec le C.O.D. antéposéne se fait pas toujours enancien français, voir surtout Andresen (54–55), aussi Ménard (§187, α, Remarque 3) et Togeby (§219). Müller (1878, 232) énumère des exemples de ce phénomène dans notre manuscrit O : vers 145, 164, 670, 1960, 2240. 76 Il ne s’agit ici, faudrait-il préciser, que du Nord de la Normandie, cf. Pope (§1320, §i). 77 On peut noter que le scribe du ms. O écrit indifféremment chiet et chet . 78 Il s’agit plus précisément d’un subjonctif avec la valeur d’un impératif, voir Pope (§912) et Rheinfelder (F§456). 79 « Di buchier non c’è traccia in altri testi. » (2001, 466) 80 Girart deRoussillon , version en alexandrins, éd. Ham, vers 4661 (= lemême vers dans l’éd. Mignard). Nous citons l’éd. Ham. Nord 74 . De lamême façon * BUCCATV ( M ) 75 > devient bouchié en francien, mais * bokié ou * bocié dans le Nord. Or, dans la partie du Nord que constitue la Normandie 76 , on n’a pas seulement u pour o(u) , on a aussi la réduction de ié à é 77 . Le résultat de tout ceci est qu’il faut considérer bucé comme une variante dialectale extrêmement plau- sible de bo(u)chié (au vers 520 du ms. O, sacez est sans doute une variante du sub- jonctif sachiez 78 ). Et graphiquement il y a très peu de distance entre bucé et le butét du ms. O. Il est souvent extrêmement difficile de distinguer les lettres c et t dans les manuscrits. Le résultat est qu’on confond donc et dont , qu’on écrit branc pour brant, etc. Dans lemot haubert (pour hausberc ), l’orthographe contre-étymologique moderne est le résultat de cette confusion. Une forme * bucé ne serait qu’une vari- ante de bo(u)chié et il est très facile de passer de bucé à buté(t) . Les autres modifica- tions au texte du ms. O qu’implique la correction de Hofmann sont aussi très mo- destes : e à la place en et des à la place de les . Segre affirme qu’il n’y a pas de trace du verbe proposé par Hofmann ailleurs 79 , mais l’expression bochier une plaie n’est nullement une inventionmoderne ; dans une version de l’histoire deGirart deRous- sillon on lit : Il saigna tant de sanc, boichier ne pout sa plaie 80 . Ma conclusion est que la conjecture de Hofmann est brillante. IV. Le quatrième des cas difficiles de Bédier se trouve dans la laisse CLXXXV. Elle a une assonance en ié , mais nous avons une irrégularité : L’empereür li cuman- det aguarder (vers 2527). Trois autresmanuscrits ont une version qu’il vaut la peine de citer : Deus li commande qe il soit bien gardez (ms. C, vers 4395) Des li comande que il soit bien gardez (ms. V7, vers 4508) Charles li conmande que il soit bien gaitiez (ms. P, vers 2930) C’est encore Hofmann qui propose la solution évidente : il suit le ms. P et corrige guarder en guaitier . – Bédier admet que la leçon du ms. P et « le fait qu’au v. 3731 du texte d’Oxford quatre comtesses guaitent le corps de Belle Aude » font que la cor- rection de Hofmann « est autorisée en quelque mesure » (1927, 290). Mais cela ne veut nullement dire qu’il accepte cette solution. Car la version des mss. C et V7 « commet précisément la même “faute” que le manuscrit d’Oxford. De plus il est dit plus loin, dans le texte d’Oxford (v. 2847), du même saint Gabriel, qu’il guarde l’empereur, non pas qu’il le guaite . » (1927, 290) Je pense qu’on peut donner raison à Bédier pour penser que la leçon du ms. P n’est pas d’un poids énorme. Il peut pa- raître invraisemblable, comme le souligne Segre (2001, 466), que ce manuscrit soit

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=