AGAPES FRANCOPHONES 2013
Trond Kruke SALBERG Université d’Oslo, Norvège 216 89 Müller (1878, 410) propose A la bataille se sunt apareilliet, ce qui donne aussi une bonne assonance,mais Foerster proteste contre apareilliet : « Au vers 3858, le apareillie supposé par Müller est inapproprié, car le puis que qui commence le vers montre que ce qu’exprime justet doit être quelque chose qui se soit déjà passé dans la laisse précédente, tandis que le apareillier ne doit être décrit que dans cette laisse-ci. »–« 3858 ist apareillie , welchesM[üller] vermutet, unpassend; denn das einleitende puis que zeigt, dass der in justet steckende Begriff in der vorigenTirade geschehen sein muss, währenddas apareillier erst indieser Tiradebeschrie- benwerden soll. » (1878, 178 ; notre traduction) Il est vrai que cette critique est un peu un coq- à-l’âne : la conjecture de Müller implique justement que puis que soit omis. Mais on voit d’autre part clairement le caractère arbitraire de l’hypothèse. Elle implique d’ailleurs à mon sens une suite d’idées qui n’est pas toute à fait naturelle : d’abord on s’apareille à la bataille (vers 3858), puis on accomplit les préparatifs religieux (vers 3859–61), puis on se présente de- vant Charles (vers 3862), puis on fait ce qu’implique concrètement le terme apareillier : on met les éperons etc. (vers 3863–68). Stengel propose rengiét , mais on peut opposer à cette conjecture la même objection sémantique que contre justez . Dit-on d’ailleurs de deux cheva- liers seuls qu’ils sont rengié l’un contre l’autre ? Ne faut-il pas que plusieurs hommes des deux côtés forment des rens ? Et on passe plus facilement de jugiét à justez que de rengiét à justez . La seule alternative sérieuse à jugiét me semble être celle que suggère Foerster (1878, 178–79) : plegiét . Cela serait une allusion à la laisse CCLXXVIII où il est question des pleges (vers 3846). Mais Foerster admet que l’hypothèse de Boehmer est plus probable et qu’il s’agit plutôt d’une allusion à la laisse CCLXXIX où il est dit des deux champions qu’ils doivent se combattre par jugement des altres, Sil purparlat Oger de Denemarche (vers 3855–56). Cela est aussi un argument décisif contre Müller qui prétend que jugiét est un mauvais choix « parce que les champions n’ont pas été désignés par la décision d’un juge ou par une élection. » – « weil die Kämpfer nicht durch einen Richterspruch oder durch eineWahl bestimmt sind. » (1878, 410 ; notre traduction) 90 Bibliothèque Nationale de France, Arsenal, 2985. 91 British Library, Royal, 15.E.VI . 92 Bibliothèque et Archives du Château, 490. 93 Biblioteca Nazionale Universitaria, L.IV.2. nèse. » (1989, I, 288) – On peut conclure que jugiét est ici une conjecture excel- lente 89 . Dans ce qui suit, Bédier distingue entre des textes où la distinction qui nous inté- resse est « très strictement obéie », des textes où on « trouve des infractions, mais en très petit nombre » et des textes « où les irrégularités sont nombreuses » (1927, 292). À propos du premier groupe il dit qu’on trouve là aussi « quelques assonances ou rimes fausses : mais le nombre est si faible qu’il est légitime de les attribuer à des accidents de transcription. » (1927, 292n1) D’après tout ce que j’ai dit, on comprend que je voudrais en effet placer aussi la version de la Chanson de Roland qu’a con- servée le manuscrit d’Oxford dans cette catégorie. Une des raisons pour cela est, selon nous, que Bédier sous-estime radicalement la fréquence plausible de ce qu’il appelle des accidents de transcription. Mais pour bien voir cela il faut faire ce que Bédier ne fait jamais, il faut comparer plusieursma- nuscrits relativement proches d’un seul texte. Je suis en train de préparer une édi- tion de la Rime d’Ogier , une chanson de geste en alexandrins rimés qu’on date de la première moitié du XIV e siècle. Il existe quatre manuscrits : celui de Paris 90 , celui de Londres 91 , celui de Chantilly 92 et celui de Turin 93 . Le dernier manuscrit est sensible- ment différent des autres et très endommagé. Ici, je vais donc me contenter de com- parer les trois premiers. Dans la Rime d’Ogier , la deuxième laisse a une rime en - ier , mais le ms. de Londres (le ms. L) a un mot en - er à la fin d’un nombre considérable de vers. Si on
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