AGAPES FRANCOPHONES 2013

Prolégomènes pour une édition de l’Istoire d’Ogier le redouté (B.N. f.fr . 1583). VII : L’assonance problématique ié / é dans les la Chanson de Roland et ailleurs 217 94 « Anders der Dichter. Er schied aufs sorgsamste die Tiraden in é von denen in ié » (24 ; notre traduction). suivait la logique de Bédier (1927, 293), il faudrait admettre qu’il s’agit là d’une espèce de « licence poétique » qui n’avait rien de choquant pour le poète (voir ci- dessous). La comparaison avec les manuscrits de Paris et de Chantilly (les mss. P et C) montre cependant que cette explication n’est sans doute pas bonne. Voici cinq vers intéressants : Premier exemple, vers 41 : Ms. P : Huy mais vous en vouldray l’istoire commencier Ms. C : Huy mais vous en vouldray l’istoire commencierL Ms. L : Huy mais vous en vouldray l’istoire compter Deuxième exemple, vers 49 : Ms. P : Et si fist la roÿne lever et baptizier Ms. C : Et si fist la roÿne laver et baptisier Ms. L : Et si en fist la roÿne baptiser et lever Troisième exemple, vers 55 : Ms. P :Vïoleur, jongleour y orent recouvrier Ms. C : Vïeleur et jongleur y orent recouvrier Ms. L : Les menestrelz et herpes y furent honnourer Quatrième exemple, vers 71 : Ms. P : Ainsi que vous orrés ou livre retraittier Ms. C : Ainsi que vous orrez ou livre retraittier Ms. L : Ainsi que vous orrés ou livre racompter Cinquième exemple, vers 75 : Ms. P : Pourrés oïr hui mais l’istoire comencier Ms. C : En pourrés huy mais l’istoire commencier Ms. L : Pourrés huy mais m’oÿr l’istoire compter On peut remarquer que dans le troisième de ces exemples, le ms. L n’a pas seule- ment une mauvaise rime, il a aussi une erreur syntaxique, tandis qu’il a dans le pre- mier et dans le cinquième exemple il a à la fois une mauvaise rime et un vers in- correct. Une double erreur de ce type se trouve aussi, comme je l’ai montré dansmes travaux, dans un certain nombre de cas dans le manuscrit d’Oxford de la Chanson de Roland . Je pense qu’il faut expliquer la confusion de é et ié dans le ms. O du Roland de la même manière que dans le ms. L de la Rime d’Ogier . Il faut donner raison à celui qui fut – à ce que je puisse voir – le premier à traiter explicitement cette question. Hans Loeschhorn, en 1873, commence par constater que le scribe du manuscrit d’Oxford met extrêmement souvent é pour ié . Puis il ajoute : « Le poète agit autre- ment. Il distingua très soigneusement les laisses en é de celles en ié » 94 . J’ai déjà ex- pliqué dans un autre contexte pourquoi je pense qu’il est extrêmement peu probable que l’auteur aurait admis dans son texte un petit nombre d’assonances irrégulières parce qu’il les considérait comme ce que Bédier appelle des « licences poétiques » (1927, 293). C’est le scribe, non pas l’auteur qui confond é et ié .

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