AGAPES FRANCOPHONES 2013

Trond Kruke SALBERG Université d’Oslo, Norvège 218 95 « The unwillingness of conservative editors to correct inaccurate assonances, even if it proceeds from a sound principle, inevitably impugns the poetic skill behind the original work, besides placing unnecessary hurdles in the path of themodern reader. » (55 ; notre traduction) 96 Segre, quant à lui, change l’ordre des mots dans les deux vers dans son édition de 1971/ 1989, mais il change d’avis dans son article de 2001 (465 et 468). 97 Cf. à ce propos la critique de Müller par Foerster (1878, 166). Quelles sont les conséquences qu’un éditeur peut tirer de ce constat ? S Il va de soi qu’il y a plusieurs solutions possibles. Short, le dernier éditeur important du Roland du ms. O, semble plaider pour une attitude « interventionniste » : Le refus des éditeurs conservateurs à corriger les assonances fausses est dû à un principe justifié. Mais il doit nécessairement nuire au talent poétique derrière l’œuvre originelle et il place en outre des obstacles sur le chemin du lecteur mo- derne 95 . Pour retourner à la métaphore avec laquelle j’ai commencé, on pourrait dire que Short souhaite qu’on donne aux anciens textes un meilleur accueil qu’on ne le fait le plus souvent. Or comment faut-il concevoir le lecteur moderne dont parle Short ? – Si on examine son édition on découvre que ce lecteur est une personne à la fois suffisamment averti pour être troublé par une mauvaise assonance et suffisamment versé en ancien français pour savoir quels mots avait é et quels mots avait ié – indé- pendamment à la fois des graphies et de la langue moderne. Prenons la laisse XXXVI. Pour ce qui concerne la question qui nous occupe ici, on voit que Bédier suit simplement le ms. O sans rien modifier : Envers le rei s’est Guenes aproismet, Si li ad dit : « A tort vos curuciez, Quar ço vos mandet Carles, ki France tient, Que recevez la lei de chrestiens ; Demi Espaigne vus durat il en fiet, L’altre meitet avrat Rollant, sis niés : Mult orguillos parçuner i avrez ! Si ceste acorde ne volez otrier, En Sarraguce vus vendrat aseger ; Par poestet serez pris e liez ; Menet serez dreit ad Ais le siet. Vus n’i avrez palefreid ne destrer, Ne mul ne mule que puissez chevalcher ; Getet serez sur un malvais sumer. Par jugement iloec perdrez le chef. Nostre emperere vus enveiet cest bref. » El destre poign al paien l’ad livret. (468–484) Short est plus interventionniste, il change l’ordre des mots au vers 474 et 484 pour obtenir la bonne assonance 96 : mult i avrez orguillos parçuner El destre poign l’ad livrét al paien Il accepte donc le principe de Loeschhorn. Mais il ne tire pas de ce principe ce qui serait pourtant une conséquence logique, il ne rétablit pas dans son texte ie pour e , il suit simplement les graphies du manuscrit 97 . Il faut donc que le lecteur sache par

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