AGAPES FRANCOPHONES 2013
Prolégomènes pour une édition de l’Istoire d’Ogier le redouté (B.N. f.fr . 1583). VII : L’assonance problématique ié / é dans les la Chanson de Roland et ailleurs 219 98 Jenkinsmet unpoint sous certains t et d , probablement pour indiquer qu’il faut les pronon- cer comme des fricatifs. Nous faisons abstraction de cet aspect de son texte. 99 Ce qui suit va aussi bien pour l’Istoire d’Ogier le redouté que pour la Rime d’Ogier . 100 Pope, §510 ; Rheinfelder, L§226. exemple que les formes normales en ancien français sont parçonier , chief et brief . D’un point de vue esthétique, on peut penser que c’est Thomas Atkinson Jenkins qui présente une édition satisfaisante ; voici sa version de la laisse 98 : Envers lo rei s’est Guenles aproismiez, Si li at dit: ‘A tort vos coreciez Quar ço vos mandet Charles ki France tient Que recevez la lei de chrestiëns: Demie Espaigne vos donrat il en fieut, L’altre meitiét avrat Rodlanz, sis niés: Molt i avrez orgoillos parçonier! Se ceste acorde ne volez otreier, En Sarragoce vos vendrat asegier, Par podestét serez pris e liiez, Menez serez endreit ad Ais lo siet; Vos n’i avrez palefreit ne destrier, Ne mul ne mule que puissez chevalchier, Getez serez sor un malvais somier. Par jugement iloec perdrez lo chief. Nostre emperedre vos enveiet cest brief.’ E " l destre poign l’at livrét a " l paien. (468–484) On voit que Jenkins ne se contente pas de rétablir ie pour e , il a tout simplement présenté une version en francien, rejetant les traits spécifiquement normands du scribe du ms. O. C’est une expérience qu’il valait à mon sens tout à fait la peine de faire, mais il n’y a guère à espérer – ou à craindre – que cette édition joue un rôle im- portant pour la réception de la Chanson de Roland . Le fait est que le texte que nous avons est tellement normand – ou pour être plus exact anglo-normand – qu’on ne peut pas le « normaliser » sans être obligé de changer à peu près la moitié des mots. C’est un procédé beaucoup trop radical pour la plupart des philologues. Mais je pense tout de même qu’il y a une leçon à tirer de tout ceci pour moi- même. Je suis en train d’éditer des textes 99 qui – pour ce qui concerne la relation entre ié et é – ressemblent essentiellement au manuscrit d’Oxford. Dans ces textes il ne s’agit cependant pas d’un décalage dialectal entre auteur et scribe, mais d’un décalage chronologique. En moyen français, ié se réduit régulièrement à é après certains sons et dans les désinences des verbes de la première conjugaison 100 : chief > chef , giel > gel , couchier > coucher , mangier > manger ; traitier > traiter , prisier > priser . Les assonances montrent que les changements n’ont pas encore eu lieu pour mes poètes, tandis que les scribes hésitent entre les formes anciennes et les formes nouvelles. Très souvent, d’ailleurs, ils utilisent des signes d’abréviation, sur- tout un signe qu’il faut lire tantôt comme ier et tantôt comme er ; il faut donc en tout cas une interprétation. Mon choix est de faire d’unemanière conséquente des corrections de deux types : d’une part je corrige afin d’avoir de bonne assonances : à la fin d’un vers dans une laisse avec assonance en ié , je corrige vis cler en vis fier . Parfois cela implique sim-
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