AGAPES FRANCOPHONES 2013

Nathalie SOLOMON Université de Perpignan Via Domitia, France 240 On ne saurait mieux dire que la vérité du périple est ailleurs que dans les détails de la réalité référentielle. Quand, dans Rome, Naples et Florence , le narrateur constate que les fruits de l’activité d’écriture qui lui servait de distraction pendant le trajet ont remplacé les souvenirs (267), il montre bien que le texte est autre chose qu’un compte rendu des impressions du voyage, qu’il ne lui est pas superposé mais en quelque sorte mitoyen, que les rapports sont bien plus complexes qu’il n’y paraît entre l’œuvre et l’expérience qui en fut le prétexte. Si les voyages stendhaliens illustrent parfaitement l’esprit du voyage romantique, c’est qu’ils correspondent parfaitement à la philosophie ambiguë du voyage indis- pensable, mais que l’on peut aussi bien faire dans son fauteuil. Certes, le lecteur a le plaisir d’en apprendre un peu plus sur l’Italie de 1817 ou sur la France de 1837 ; il as- souvit ses appétits de dépaysement et sa curiosité à l’égard de pays souvent décrits, dans le cas de l’Italie, beaucoup plus rarement pour les paysages et les villes français. Le véritable vagabondage est cependant d’une nature moins facile à définir : il con- siste à suivre les différentes étapes de la perception du voyageur, les allers-retours entre ses sensations et sa pensée. Ce parcours est équivoque parce qu’on ne sait ja- mais vraiment ce qui importe, des objets rencontrés en chemin ou de cette con- science étrange et familière qui se donne à voir avec une franchise d’autant plus dé- routante qu’elle ne perd rien de son caractère énigmatique. Si les compagnons de vo- yage de Stendhal, contrairement à ceux de Flaubert ou de Dumas, demeurent de simples silhouettes, prénoms dans les Promenades dans Rome , rencontres de ha- sard dans les Mémoire d’un touriste ou dans Rome, Naples et Florence , c’est aussi parce que le lecteur ne doit pas avoir le sentiment d’être en tiers ; il accompagne dans une intimité qui fait le charme du récit celui qui le laisse entrer avec tant de confiance. Textes de références Stendhal, Rome, Naples et Florence , édition de Pierre Brunel, Paris, Gallimard, «Folio», 1987 [1817]. Stendhal, Promenades dans Rome , édition de Victor Del Litto, Paris, Gallimard, «Folio», 1973 [1829] . Stendhal, Mémoires d’un touriste t.I et t.II, Paris, Maspéro, « La Découverte », 1981 [1838]. Bibliographie critique Antoine, Philippe, Quand le voyage devient promenade , Paris, PUPS, 2011. Guyot Alain et Massol Chantal (dir.), Voyager en France au temps du romantisme. Poé- tique, esthétique, idéologie , Grenoble, ELLUG, 2003.

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